Le Congo Brazzaville doit organiser un référendum constitutionnel le 25 octobre 2015. Le Président du Congo Sassou Nguesso a adopté la démarche juridico-politique qui respecte la constitution de janvier 2002, à savoir la possibilité de demander au peuple de se prononcer sur l’évolution des institutions. Au Rwanda, Kagamé a obtenu de la Cour Suprême la capacité juridico-politique de briguer un nouveau mandat en 2017. Au Congo comme au Rwanda, les deux Chefs d’Etat prennent acte de leurs contextes politiques respectifs et de l’évolution de leurs pays pour décider de recourir au peuple. Dans les deux pays, les oppositions à la modification de la constitution pour un nouveau mandat de la part des deux Présidents insistent sur le coup d’Etat constitutionnel en qualifiant les deux Présidents de « pyromanes » constitutionnels.

 

Des arguments multiples sont avancés : la longévité au pouvoir des deux Présidents, l’âge pour le Président Sassou, le machiavélisme politique des deux dirigeants en #Afrique centrale, Kagamé dans les Grands Lacs et Sassou Nguesso au Congo. Il y a deux façons d’aborder cette question de la modification des constitutions et de la mise en place du référendum en Afrique. Soit on considère que, 50 ans près les indépendances, les pays africains sont incapables de réfléchir à l’évolution de leurs institutions car on pense que leurs peuples sont immatures ; dans cette hypothèse les partis d’opposition et leurs dirigeants font appel à la France, mère patrie, sein nourricier, pour dire ce qui est bon pour le Congo et le Rwanda –pays pour lequel il faudrait aussi inviter la Belgique ancienne puissance colonisatrice-. Soit, après l’évolution des contextes géopolitiques du Congo marqué par de nombreuses guerres civiles depuis l’indépendance et les batailles ethniques entre Hutus et Tutsis pour le Rwanda dans les années 50, mais surtout dans les années 90 avec le génocide, on pense que les dirigeants africains, ensemble avec leurs peuples, peuvent décider de leur avenir. Nous sommes dans ce contexte nouveau, avec une géopolitique qui se modifie et des rapports de force politiques d’un type moderne.

 

La communauté internationale peut conseiller ses partenaires africains (Congo et Rwanda) sur le déroulement démocratique des scrutins politiques, mais elle ne peut en aucun cas continuer à jouer le rôle de père fouettard permanent pour dire ce qui est bon ou pas bon. La plupart des intellectuels africains, sont très sensibles à la voix de la France car culturellement ils ont fait leurs études en France, mais sans lire et encore moins connaitre la France et ses dirigeants de manière politique. La France, selon le Général De Gaulle, ne défend que ses intérêts. Qui peut reprocher au Général cette maxime pleine de bon sens ? Que les Africains, leurs dirigeants et leurs peuples s’émancipent pour construire des modèles démocratiques qui articulent tradition, modernité, justice et redistribution. Au Congo, Sassou n’a pas encore dit s’il se représente ou non. Il prend acte de l’état de la Nation et des prérogatives que la constitution lui donne pour demander au peuple de dire son accord ou non sur l’évolution des institutions de la constitution de janvier 2002. Kagamé, qui n’a rien demandé à son peuple, reçoit de celui-ci une marque d’amour et d’affection pour qu’il reconduise et entérine le Rwanda sur la voie du développement.

 

Sassou et Kagamé, quoiqu’on pense de leurs actions politiques aux affaires dans leurs pays respectifs, doivent être considérés comme des innovateurs constitutionnels que l’Afrique doit apprendre à regarder pour mieux se regarder elle-même et commencer à desserrer les liens de vassalité vis-à-vis de la communauté internationale et surtout de leurs puissances colonisatrices respectives. Que les intellectuels africains commencent à réfléchir de façon pratique par eux-mêmes. Les politiques africains nous montrent la voie, aidons-les à construire une doctrine fondée sur un partenariat non vassalisé avec l’Occident. #Élections #Président de la République