La Prix Nobel Aung San Suu Kyi est une femme tenace, résistante, qui a vécu 15 ans en résidence surveillée et qui a tenu tête aux  militaires. Son Parti LND (Ligue nationale pour la #Démocratie) va remporter haut la main les élections législatives. La Dame de Rangoun va pouvoir savourer les délices du pouvoir, celui duquel elle a longtemps exclu. Toute la communauté internationale se pâme de cette victoire attendue et probable. Les militaires ont reconnu leur défaite. La question qui se pose est celle de savoir si la Lady de Rangoun peut gouverner sans que les militaires limitent son pouvoir. C’est un problème, car l’armée protégée par la Constitution va conserver un rôle central en Birmanie qui va expérimenter les délices de la démocratie.

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Comment la candidate va-t-elle composer avec la forte vision xénophobe et raciste de la population de religion bouddhiste vis-à-vis des minorités Rohingyas de religion musulmane, longtemps maltraitées par le pouvoir militaire ? La Prix Nobel a volontairement décidé de ne pas parler de cette minorité pour ne pas énerver les militaires, la population et surtout les moines bouddhistes. Les Rohingyas sont non Birmans depuis une loi datant de 1982, instaurée par la dictature militaire qui estime que seul le bouddhisme peut être considéré comme religion d’Etat. Tout ce qui n’est pas bouddhiste est considéré comme non Birman. En faisant le choix de ne pas parler des minorités musulmanes, Aung San Suu Kyi a pris le parti de satisfaire la Birmanie « utile ». C’est une stratégie électorale pour gagner les élections, mais après il faut gouverner et il faudra prendre en compte les questions identitaires.

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Tout le monde applaudit la victoire de la Prix Nobel, mais personne n’ose dire que c’est une demi-victoire remportée sous le sceau du silence et de la soumission au pouvoir militaire. Un certain nombre de responsables musulmans qui avaient soutenu Aung San Suu Kyi, ont été obligé de se retirer des listes législatives pour rendre supportable l’élection de la Prix Nobel. Que la communauté internationale se réjouisse de la victoire de la Prix Nobel, mais qu’elle pointe aussi le silence du Prix Nobel à propos des minorités musulmanes en l’obligeant à créer les conditions politiques pour que cette minorité soit acceptée et reconnue par les populations birmanes, l’armée et la communauté internationale. Ne pas obliger Aung San Suu Kyi à le faire, c’est être complice d’une situation qui peut, à terme, devenir explosive.

 

Madame, vous avez gagné, c’est bien. Vous allez gouverner, peut-être quand on connait le rôle que joue l’armée dans votre pays. Si vous gouvernez pleinement, n’oubliez pas les minorités qui ont œuvré pour vous.

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Reconsidérez leur identité de Birman dissoute par l’armée en 1982, vous moderniserez ainsi la nouvelle Birmanie en étant à la hauteur de votre Prix Nobel.

 

Bravo Madame pour votre résistance, bravo Madame pour votre élection et bravo Madame pour votre courage concernant la reconsidération des minorités birmanes comme faisant partie du peuple birman. Vous, la femme de paix, montrez que vous êtes à la hauteur de votre réputation, sans faux-fuyant pour la cohésion sociale et totale de la Birmanie. #Élections #Asie