Le Franc CFA a 70 ans. Créé le 26 décembre 1945 après la signature des accords de Bretton Woods par la France, le Franc CFA, franc des colonies françaises d’#Afrique, est devenu par la suite le Franc de la communauté financière africaine pour les Etats membres de l'Afrique de l'Ouest (UMOA, 8 pays)  et de l'Afrique centrale francophone (UMAC, 6 pays). Le CFA a été créé pour permettre aux entreprises françaises de transférer les ressources financières de leurs activités économiques vers la France.Certains dirigeants et élites africaines ont profité de la convertibilité pour placer les CFA à l'étranger.

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La dévaluation du Franc CFA en 1994 par Edouard Balladur, l’inconvertibilité entre Franc CFA et Franc français, la non transférabilité des Francs CFA à l’étranger, l’émergence de deux zones de Franc CFA, celui de l’Afrique centrale et celui de l’Afrique de l’ouest et l’inconvertibilité entre les deux monnaies, modifient la donne monétaire en Afrique francophone avec l’émergence de l’euro pour lequel certains intellectuels africains estiment qu’il ne favorise ni le décollage, ni le développement économique de l’Afrique.

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Parmi ces intellectuels africains, on retrouve l’économiste togolais, ancien Ministre de la prospective, Kako Nubukpo (15ième rencontre économique d’Aix en Provence). Il estime qu’il faut revoir l’arrimage du Franc CFA à l’euro, que la parité fixe entre l’euro et le Franc CFA agit contre les pays africains francophones, ainsi que l’obligation de ces pays de déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor public français. Il estime que l’on peut sortir de l’euro par étapes en modifiant le régime de change actuel pour aller vers un régime plus flexible en arrimant le CFA à un panier de devises.

 

 

Voilà les éléments du débat. Comment construire un début de réponse à faire aux différentes élites intellectuelles qui, sous prétexte de souveraineté et de liberté monétaire, estiment que l’on peut sortir de la zone Franc pour bâtir le décollage économique de l’Afrique ? Nous estimons que le débat est d’abord marqué par le sceau de l’émotion, plutôt que par celui du raisonnement technique.

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Il y a une première anomalie qui vient de ce que la zone Franc n’est pas un espace monétaire qu’il faudra donc construire. Comment réconcilier le Franc de l’Ouest et le Franc du Centre ? Ce n’est pas un débat uniquement académique, mais technique car il faut mettre en place un régime de change qui intègre, entre autres, deux éléments importants : la nouvelle monnaie à créer et sa parité avec les autres monnaies, comme le Dollar, le Yen japonais, le Franc suisse ou le Yuan chinois.

 

Les intellectuels africains insistent sur la monnaie comme instrument de souveraineté et d’indépendance. C’est la vérité, encore faut-il que cette nouvelle monnaie à créer repose sur des mécanismes d’organisation des productions des économies africaines qui, pour l’instant, restent essentiellement des économies de matières premières que les Africains sont eux-mêmes incapables d’exploiter à cause du manque de savoir-faire et des techniques de production sur grande échelle. Il ne suffit pas de créer une monnaie pour elle-même ; une monnaie politique. Des pays comme la #République Démocratique du Congo l’ont expérimenté avec le Zaïre (la RDC s’appelait alors Zaïre). Ce fut un échec..

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La monnaie repose sur la confiance, ce que semblent oublier la plupart des élites africaines qui se contentent de ne soulever que l’aspect politique de la monnaie, alors que la technique monétaire nécessite une réflexion plus approfondie sur les rapports entre création d’une monnaie et régime de change à adopter. Sans épuiser le débat, je voudrais verser au dossier cinq techniques : les currency boards, le régime de change fixe, le régime de parité glissante, le régime de flottement administré et le régime de flottement pur. Vouloir une monnaie suppose une construction savante, fondée sur une économie réelle productive et non sur des discours et des incantations politiques. #Crise économique