Les Présidents Sassou Nguesso du Congo et Issoufou du Niger ont été réélus en mars 2016. Le premier a obtenu 60% et le second 92,2%: ce sont des scores très importants que des observateurs étrangers considèrent comme extravagants. Que signifient ces deux scores compte-tenu de la situation politique de ces deux pays ?

 

Les résultats acceptables pour les partisans et réfutables pour les opposants, sont intéressants à analyser à l’aune d’un débat en cours en ce moment en #Afrique : faut-il privilégier une démocratie à l’Africaine ou une démocratie africaine ? La question se pose en Afrique  car, jusqu’aux années 1990, la gouvernance dans les pays africains était articulée autour des partis uniques. Les intellectuels africains s’interrogent sur la vitalité du concept de démocratie élaboré par la Grèce antique et repris par les sociétés occidentales sur la façon de gouverner les peuples. Les pays africains doivent-ils se départir du modèle universel de démocratie pour fonder un nouveau modèle de démocratie africaine ou affirmer leur volonté de construire une démocratie à l’africaine en intégrant leurs particularismes africains (résolution des conflits par la tradition et la négociation, respect de la notion d’honneur, refus de déconsidérer le vaincu) ?

 

En quoi les victoires de Sassou Nguesso au Congo et de Issoufou au Niger participent-elles d'une construction de démocratie à l'Africaine ou africaine ? Ne nous trompons pas de débat. Il y a des principes universels élaborés avant l’existence même de l’indépendance des pays africains. Les pays africains avant leurs indépendances étaient sous le sceau de l'esclavage et de la colonisation. Devenus indépendants ces pays ont intégré la démocratie comme principe de gouvernance.  La démocratie avec ses principes universels de vote, de majorité, d’élection, de souveraineté nationale, de représentation nationale, a été adoptée par les pays africains francophones au moment de leur indépendance. La question actuelle porte sur leurs capacités à accepter comme tels ces principes démocratiques élaborés par leurs maîtres colonisateurs, devenus aujourd’hui leurs interlocuteurs dans la communauté internationale. L’autre aspect de l’application de la gouvernance démocratique consiste à s’interroger sur l’adaptation du modèle universel au contexte particulier africain.

 

Au Congo Brazzaville comme au Niger, des élections présidentielles ont été organisées dans des circonstances différentes. Au Congo le schéma de la démocratie universelle a été respecté, mais pas au Niger où l’opposant Amadou était en prison au moment du 1er tour de l’élection présidentielle et a été évacué en France pour des raisons de santé lors du 2nd tour. L’élection nigérienne n’obéit pas au concept de démocratie à l’africaine. En revanche, au Congo Brazzaville, l’utilisation stratégique des institutions par la valorisation des concertations des populations et des partis politiques pour le référendum et l’élection présidentielle est considérée comme un processus de démocratisation à l'Africaine. Nous sommes au Congo dans le cas d’une démocratie à l’Africaine qui respecte les principes universels mais qui, en amont, construit les schémas d’écoute et de discussion qui ne sont pas souvent respectés dans le modèle occidental dans lequel les dates impératives des élections constituent les marqueurs des choix des populations. Les difficultés liées à l’existence de l’interprétation constitutionnelle de l'utilité des élections par les partis politiques et les différentes strates de la population congolaise ont entraîné une approche démocratique marquée par les consultations (Ewo, Dolisie et Sibiti). Voici un cas spécifique de démocratie à l'Africaine au Congo Brazzaville.

 

Démocratie africaine ou démocratie à l’Africaine : je préfère retenir la démocratie à l’Africaine qui adapte ses modalités de fonctionnement sur la démocratie universelle en valorisant les traditions et les coutumes des pays africains dans la communauté internationale.  #Gouvernement #Président de la République