A seulement 51 ans, il en a passé 16 derrière les barreaux du régime syrien, parce qu’il était membre du Parti communiste et Hafez el-Assad en avait fait un crime. Son frère Firas est prisonnier de #Daesh dans sa «capitale» Raqqa depuis près de quatre ans. Son épouse Samira Khalil a été enlevée par un groupe armé salafiste le 9 Décembre 2013, en banlieue de Damas, avec l’avocate Razan Zaitouneh. Son autre frère Khalil est réfugié à Paris.

 

A lui seul, Yassin Al Haj Saleh incarne toute la #Révolution syrienne. Ce 12 Mai au soir, le Site Pouchet du CNRS à Paris l'accueillait pour une rencontre autour d'un ouvrage qu'il publie en français. Réfugié à Istanbul, Yassin Al Haj Saleh était auparavant venu en Avril 2015 promouvoir son livre Récits d’une #Syrie oubliée, inspiré par son passé de détenu politique, ayant été accueilli à cette occasion notamment à l’Institut du Monde Arabe. De retour un an après, il présente La Question Syrienne, recueil d'articles écrits dans sa Syrie natale et en Turquie, traduits en français par Nadia Leïla Aïssaoui, sociologue et militante féministe, Ziad Majed, Professeur de sciences politiques à l’Université américaine de Paris, ainsi que son éditeur, Farouk Mardam Bey, Directeur de Sindbad-Actes Sud.

 

«Un outil de résistance»

 

Ni exorcisme, ni manifeste politique, La Question Syrienne est un témoignage sans haine et sans crainte, Yassin Al Haj Saleh récusant l'une et l'autre. "Je n'ai ni rancœur ni rancune, simplement de la colère. La prison m’a vacciné contre le désespoir, ce qui m’a permis de faire face à des situations très dures sans recourir à des mécanismes destructeurs».

 

Et son écrit, comme sa personne, se fond dans sa cause. «Depuis la capture de Firas et l’enlèvement de Samira, il n’y a plus en moi de barrière entre l'intime et le public. L'écrit est pour moi un outil de résistance».

 

«Le monde entier s’est ‘syrianisé’»

 

Dès lors, le titre si abstrait et théorique déconcerte. Jusqu’à l’auteur lui-même, au départ. «Farouk [Mardam Bey] a proposé ce titre et je n’en voulais pas. Il s’agit des écrits d’une personne au cœur de l’événement, non d’une réflexion de fond comme, par exemple, la ‘question palestinienne’ ou la ‘question juive’. Aucune des deux n’étant d’ailleurs résolue à ce jour».

 

Et finalement ? «Et finalement, j’ai trouvé ce titre très adéquat. Car la Syrie n’est plus seule concernée par ce qui s’y passe, ce sont aujourd’hui non moins de soixante-dix pays qui sont partie prenante. Le conflit en Syrie est devenu mondial, et à l’inverse, le monde entier s’est ‘syrianisé’».

 

«Une Syrie nouvelle doit écarter tant Assad que les salafistes»

 

Un conflit loin de se résumer au seul «Bachar ou Daesh». «Il existe aujourd’hui plusieurs Syrie : la Syrie des Assad, la République arabe syrienne [l’Etat actuel], la Syrie rebelle et la Syrie salafiste, auxquelles s’ajoute depuis peu une cinquième, la Syrie kurde. Le principal symbole syrien, c’est Assad ; même le drapeau national est presque inconnu en Syrie. Et parce que l’avenir de la Syrie dépend d'une alliance entre la République arabe syrienne – à distinguer absolument de la Syrie des Assad – et la Syrie rebelle, la Syrie nouvelle doit écarter et Assad et les salafistes.»

 

Mais en fin de compte, qu’est-ce que la Syrie, et la guerre terminée, quel pays (re)bâtir ? «La vraie Syrie est celle de la révolution, de la société civile. Je pense toutefois qu’elle a tort de vouloir effacer nos cinquante dernières années au seul prétexte des Assad, elles sont notre histoire. Il faudra mettre en avant la question sociale, redonner sa valeur à la campagne par rapport à la ville et protéger les droits des femmes dans la vie quotidienne. Et surtout, sans proroger le panarabisme du parti Baas des Assad, réaffirmer une solidarité entre les luttes arabes.»

 

Loin des clichés et de l’emballement médiatique, le regard que pose sur son pays un homme qui lui a fait don de toute sa vie.

 

Hama, symbole de la répression étatique en Syrie

Salam Kawakibi, au nom de la liberté en Syrie