En remportant l’organisation de la Coupe du Monde de #Football en 2022, le Qatar a réalisé une performance stratégique à la hauteur de l’influence politique qu’il a su démontrer depuis le début du «printemps arabe». Mais si, dans une Coupe du Monde, le pays hôte est qualifié d’office pour concourir, l’émirat du Golfe semble en revanche tout faire pour se disqualifier sur le plan de l’éthique.

Selon les rapports de plusieurs organisations non-gouvernementales, parmi lesquelles Amnesty International, le Qatar impose aux travailleurs migrants à l’œuvre sur les chantiers de construction des infrastructures nécessaires à la Coupe du Monde, des conditions de travail à ce point inhumaines qu’elles s’apparentent à de l’esclavage moderne.

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Sélectionné pour succéder à la Russie, où se tiendra la Coupe du Monde 2018, malgré sa pauvreté en équipements sportifs d’envergure et un soleil de plomb peu propice au sport de haut niveau, le Qatar doit construire vite afin d’éviter le déshonneur de son prédécesseur, le Brésil, pris de cours quand le coup d'envoi du premier match a été donné. Et l'émirat voit grand.

C’est ainsi que quelques 5 100 Népalais, Indiens et Bangladais ont répondu à ce jour à l’appel de Doha pour des travailleurs du bâtiment afin de s’armer pour l’échéance qu’il a lui-même tant désirée, lesquels constituent aujourd’hui 94% de la main d’œuvre au Qatar. Mais des horaires élastiques, des maltraitances permanentes au travail et des conditions de vie plus que précaires, pour des salaires dérisoires loin des espoirs des migrants qui rêvaient d'envoyer de belles sommes à leurs familles au pays pour les aider, avaient eu raison déjà en 2014, selon Human Rights Watch, de quelques 1 200 ouvriers depuis 2010, terrassés à la tâche.

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La version qatarie de la kafala, «tutelle» en droit islamique, en cause

A l’origine de ces abus se trouve la version en vigueur au Qatar de la kafala, terme signifiant «tutelle» et désignant en droit islamique, à l’origine, l’adoption d’un enfant, l’Islam ne permettant pas l’adoption plénière telle qu’elle existe en Occident.

Au Liban, aux Emirats Arabes Unis et au Qatar, toutefois, la kafala fait référence au droit du travail et/ou des entreprises, la version qatarie allant jusqu’à permettre à l’employeur d’empêcher son salarié de quitter son emploi et même le pays, confiscation du passeport à l'appui, sans aucun recours possible en justice.

Aboli en théorie en octobre 2015, le système perdure dans la pratique, au détriment des migrants suant sang et eau pour le prestige international de l’émirat dans six ans.

Un silence coupable de la FIFA

Bien que parfaitement informée de la situation, la Fédération internationale de Football Association (FIFA), autorité suprême du football dans le monde, n’a jamais remis en cause sur ce fondement l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, la seule et unique menace sur celle-ci étant venue, en juin 2015, de soupçons de corruption concernant Sepp Blatter, Président discrédité de l’institution.

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Quant à son successeur, Gianni Infantino, il a déclaré lors de sa visite au Qatar en avril ne voir «aucune raison pour laquelle [le pays] n’accueillerait pas la Coupe du Monde en 2022». Même l’annonce par la FIFA de la création d’un mécanisme de surveillance des conditions de travail liées à l’organisation de ses compétitions n’a rien changé à la conduite de ses instances envers l'émirat.

Les organisations de Droits de l’Homme, tant Amnesty International que Human Rights Watch et Walk Free, fondation internationale contre l’esclavage moderne, continuent néanmoins de mettre la pression sur la FIFA ainsi que sur les sponsors de la Coupe du Monde 2022, dont Coca-Cola, Adidas and McDonald’s, pour de réelles exigences d’humanité dans le traitement des travailleurs migrants au Qatar.

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