Le 28 Avril, l’Institut de Recherches et d’Etudes Méditerranée et Moyen-Orient (IREMMO) recevait à Paris Mala Bakhtiar, Chef du Bureau politique de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) et principal opposant au Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, le Président du Gouvernement régional du Kurdistan d’#Irak. Mais l’IREMMO n’eut d’autre choix que d’annoncer un quart d’heure durant au public l’arrivée «imminente» de son invité d’honneur– et pour cause, celui-ci arrivait tout droit de Matignon où il était reçu par le Premier Ministre français, Manuel Valls.

 

Pour être ainsi reçu officiellement– et plus longuement que prévu– par le chef du Gouvernement français comme le leader de l’opposition d’un Etat souverain, que le Kurdistan d’Irak n’est pas, il faut tout au moins que cette souveraineté soit jugée possible si ce n’est imminente.

 

Il n’a jamais existé dans l’histoire de Kurdistan indépendant, les Kurdes étant répartis historiquement sur l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie. Le Kurdistan d’Irak est ce qui s’en approche le plus, ayant pour capitale Erbil et disposant d’un Gouvernement, d’un Parlement et de forces armées, ainsi que d’un gentilé– kurdistanais. Trente-trois pays ont un consulat à Erbil, dont la France, Paris abritant en retour une Représentation du Kurdistan d’Irak distincte de l’ambassade irakienne. S’il est un endroit au Moyen-Orient qui rend crédible l’idée d’une indépendance kurde tant rêvée et attendue, c’est bien le Kurdistan d’Irak. Et cette indépendance, les Kurdistanais y croient plus que jamais.

 

Unanimité politique

 

C'est notamment le cas de Massoud Barzani, leader historique du PDK classé à droite et rival acharné de l’UPK, plus marquée à gauche et dont l'ancienne figure de proue, Jalal Talabani, fut Président de l’Irak de 2005 à 2014. Le 5 mai, son fils Masrour Barzani, Chancelier (chef du Gouvernement) du Kurdistan d’Irak, écrivait dans un éditorial publié par le Washington Post, intitulé en français «Le Kurdistan d’Irak mérite un divorce à l’amiable de Bagdad», que l’Irak hérité des frontières coloniales était un Etat failli, la défaite consommée de son armée face à #Daesh en étant la preuve, et qu’un Kurdistan indépendant dûment soutenu, y compris militairement, par la communauté internationale était le meilleur rempart face à l’ «Etat islamique» autoproclamé.

 

C’est au moins cela qui unit les Barzani et Mala Bakhtiar. Dans son intervention à l’IREMMO, lui aussi a fustigé l’Irak en tant qu’Etat historiquement illégitime et vanté le Kurdistan d’Irak dans sa lutte militaire contre Daesh. «Depuis un siècle, on accuse les Kurdes de tous les maux ; pourtant, aujourd’hui, le pire modèle de tuerie qui soit ne vient pas du Kurdistan !»

 

Un Etat souverain en bon voisinage ?

 

Là où les divergences s’affirment, c’est sur les rapports avec les voisins, à commencer par le Rojava, nord kurde de la Syrie qui s’est déclaré le 17 Avril autonome et fédéral sous l’impulsion du PYD, la branche locale du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) turc d’inspiration marxiste honni par Ankara. Si l’UPK soutient les aspirations du Rojava, le PDK accueille beaucoup plus fraîchement l’idée d’une entité kurde forte dirigée par le PKK et se voulant autonome au sein d’une future Syrie fédérale.

 

Quant à la Turquie, l’idée d’un Kurdistan indépendant lui fait si peur qu’elle n’hésite pas à «jouer» Massoud Barzani contre Abdullah Öçalan dit «Apo», leader charismatique du PKK qu’elle détient depuis 1999. Et pour l’Iran chiite allié tant de Bagdad que de Damas, un Kurdistan d’Irak indépendant ne pourrait qu’inciter «ses» Kurdes à vouloir s’y rallier, donc hors de question.

 

Mais l’idée est posée, devenue incontournable. Et bien qu'ennemis politiques, tant Barzani que Bakhtiar se voient bien (re)venir bientôt en France en visite d’Etat, accueillis non plus par un Représentant du Kurdistan d’Irak à Paris, mais par un ambassadeur du Kurdistan … Tout court.

 

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