Depuis les attentats du 13 Novembre 2015, jamais ceux qui appellent la France et le monde à changer d'avis sur le conflit syrien et soutenir le régime de Bachar el-Assad pour venir à bout de Daesh n'ont autant donné de la voix. Outre qu’ils appellent à soutenir un régime dont l’armée contrôle au mieux un maigre cinquième de la #Syrie, mal leur en prend, car cette même armée s'avère incapable de vaincre… une prison. La Prison centrale de Hama, ville du centre-ouest de la Syrie, où les 875 prisonniers politiques et les quarante condamnés à mort de l’établissement – sur 1 200 détenus – mènent depuis le 2 Mai une mutinerie.

 

Le régime syrien leur avait laissé jusqu’à 5H00 le 6 Mai pour se rendre, faute de quoi l’assaut serait donné par l’armée. La menace fut mise à exécution dans la journée, l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (OSDH) rapportant que les troupes de Damas ont arrêté des proches de détenus qui s'étaient rassemblés autour de la prison, puis ont tiré à balles réelles et utilisé des gaz lacrymogènes contre les mutins. Ce qui n'empêcha pas l'assaut d'être un échec.

 

Le précédent de Sednaya

 

C’est l’annonce du transfèrement de cinq condamnés à mort vers la prison de Sednaya, à trente kilomètres au nord de Damas, connue pour être le lieu d’exécutions fréquentes, qui a déclenché la mutinerie. Pour l’OSDH, l’ombre de Sednaya plane sur Hama bien plus menaçante encore. Dans son rapport publié au lendemain de l’assaut des forces de sécurité, l’organisation établit un parallèle direct entre la mutinerie de Hama et celle de cette même prison de Sednaya bien avant le début de la #Révolution, en Juillet 2008, et dont plusieurs prisonniers politiques avaient été les victimes. Le nombre en demeure toutefois inconnu, estimé entre neuf et vingt-cinq, impossible à connaître précisément du fait du blocage de toute information à ce sujet par les autorités. Blocage qu’avait aussi connu en son temps Hama pour une autre raison, cette fois non la prison, mais la ville.

 

Les fantômes de 1982

 

En Février 1982, les Frères musulmans, force d’opposition interdite au parti Baas des Assad, y ont subi la répression sauvage de leur insurrection contre Damas. Après un siège de la ville et des bombardements qui s’étendirent sur quatre semaines, les insurgés furent massacrés par les troupes du régime, dont les méfaits seraient demeurés méconnus si quelques journalistes étrangers, tels Sorj Chalandon, n’étaient parvenus à pénétrer sur place.

 

L’un de ceux qui tuèrent dans l’œuf cette première tentative de révolution contre le Baas, Rifaat el-Assad, frère du Président d’alors Hafez el-Assad et donc oncle du chef d’Etat actuel, vivrait aujourd’hui à Paris et aurait été un temps envisagé par Washington, malgré ses forfaits à Hama, comme une alternative à son neveu Bachar el-Assad. Entre Sednaya et Hama, la boucle est bouclée dans l'histoire politique sanglante de la Syrie.

 

L'inquiétude persiste

 

Les leaders de la révolution syrienne ne s’y sont pas trompés. Dans un appel du 6 Mai, Yahia Nanaa, premier Président élu du Gouvernorat libre d’Alep, aujourd’hui responsable des relations extérieures, appelait les organisations humanitaires et de Droits de l’Homme, les chancelleries ainsi que les Croix-Rouge et Croissant-Rouge à «soutenir les prisonniers politiques qui se trouvent à la prison centrale de Hama, après avoir résisté en protestant contre les procès arbitraires subis par les prisonniers, ce qui a abouti à la détermination du régime syrien à vouloir condamner à mort beaucoup d’autres eux».

 

Et pour cause. Pour Damas, échouer – cette fois – à Hama serait au mieux perdre la face, au pire perdre tout moyen de mentir à la communauté internationale sur l’état de son armée, et partant de là, sur la réalité des affrontements entre celle-ci et Daesh. Risque que Bachar el-Assad ne peut prendre, avec tout ce que cela laisse à craindre au vu des antécédents de son régime.

 

L'intervention russe en Syrie

Formation par les USA de combattants syriens anti-Daesh