Après le Gouvernement régional du Kurdistan d'Irak, qui y est présent depuis 2001, une nouvelle entité kurde du Moyen-Orient autonome au sein d'un Etat-nation prend pied à Paris. La Fédération du Nord de la #Syrie-Rojava, communément dénommée Rojava ("ouest" en kurde), dotée depuis Novembre 2013 d’une administration propre et depuis Janvier 2014 d’une constitution, a inauguré le 24 Mai au matin son Bureau de Représentation à Paris, en présence de l’ancien Ministre des Affaires Etrangères français Bernard Kouchner et de Khaled Issa, représentant en France du Parti de l’Union démocratique (PYD), d’inspiration marxiste-léniniste, qui dirige depuis 2013 le Rojava. De tels Bureaux existaient d’ores et déjà à Moscou, Stockholm, Berlin et Prague.

 

L’entité kurde du nord-ouest de la Syrie, composée des 3 cantons de Jazira, Kobani et Afrin, proclamée "région fédérale" par le PYD le 17 Mars dans l’optique d’un futur fédéralisme dans la Syrie de l'après-guerre, ne reçoit toutefois pas ainsi une reconnaissance officielle de Paris, qui ne reconnaît pour la Syrie que la Coalition nationale, organe institué de la #Révolution syrienne, les relations avec le régime de Damas étant rompues depuis 2012.

 

Une lutte contre Daesh saluée

 

A travers l’élément armé du PYD, les Unités de Protection du Peuple (YPG), au sein desquelles se distinguent de célèbres bataillons féminins, le Rojava livre une lutte sans merci à #Daesh, l’Etat islamique autoproclamé, auquel il a infligé de cuisantes défaites à Kobani et Sinjar en 2015, et qu’il menace aujourd’hui à Raqqa, sa "capitale". Ces unités ont accueilli au fil des années, comme l’ont relaté notamment The Guardian et The Daily Mail, des Occidentaux désireux de combattre Daesh, faisant pièce aux jihadistes qui rejoignent depuis l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Australie, le "califat" irako-syrien de l'organisation terroriste.

 

En février, la Turquie voisine, voyant d’un mauvais œil les performances des unités combattantes du PYD, branche syrienne du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) contre lequel Ankara ne ménage aucun effort, a entrepris une campagne militaire en Syrie, officiellement contre Daesh mais qui, selon de multiples sources telles que Le Figaro en France, visait en réalité des YPG et un Rojava devenus à ses yeux trop puissants.

 

Mais des pratiques condamnées

 

Sans surprise, Bachar el-Assad rejette la proclamation du Rojava en tant que "région fédérale", de même que la Coalition nationale syrienne pour des raisons bien sûr différentes. Selon la Coalition et, notamment, le journal Al-Araby Al-Jadeed de Londres, les YPG ont plusieurs fois affronté des unités de l’Armée syrienne libre et frappé des zones civiles, entre autres à Alep et Idlib, avec l’appui aérien des forces russes avant leur retrait de Syrie ordonné par Moscou en Mars dernier, ce qui fait du Rojava, pour la révolution, un allié objectif de Damas. Le chercheur français Jean-Pierre Filiu, auteur du blog Un si Proche Orient, estime que "la Russie et l’Iran entendent jouer le PKK/PYD contre Turcs et Arabes", à commencer par les révolutionnaires syriens.

 

Le respect des Droits de l’Homme au Rojava est lui aussi mis en cause, Reporters Sans Frontières accusant l’administration autonome de "contrôler les médias et mettre au pas les acteurs de l’information", et Amnesty International affirmant que les YPG ont, lors de leur campagne contre Daesh à Kobani et Hassaké en Novembre 2015, eu recours à des "déplacements forcés de population et des destructions de maisons",  visant des familles arabes et turkmènes.

 

Quels choix pour le Quai d’Orsay ?

 

Reste à savoir quelle attitude adoptera la diplomatie française envers un nouvel interlocuteur posant un tel dilemme, efficace contre Daesh, mais aux tendances brutales et sectaires. Et qui, désormais représenté à Paris, place le Quai d’Orsay en porte-à-faux avec la révolution syrienne qu’il reconnait, et elle seule, en Syrie.

 

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