Qui, du moins se voulant démocrate, peut se plaindre de voir une dictature militaire se transformer en #Démocratie dirigée par les civils ? Personne certes, surtout lorsqu’il s’agit de la Birmanie, rebaptisée Union du Myanmar en 1989 et qui, depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1948, a été dirigée par des juntes militaires pendant non moins de quarante-six ans.

 

A la Birmanie, on associe immanquablement Aung San Suu Kyi, fille du héros de l’indépendance birmane, le Général Aung San, et dont la Ligue nationale pour la Démocratie (National League for Democracy, NLD), déjà plébiscitée par le peuple en 1990, le fut une nouvelle fois en novembre 2015, propulsant cette année au rang de numéro deux de l’Etat celle que l’on appelle affectueusement «la Dame de Rangoun» et qui fut en 1991 lauréate du Prix Nobel de la Paix alors même qu'elle était assignée à résidence.

 

Mais derrière cette image utopique d’une dictature militaire d’#Asie du Sud-Est, qui devient sans violence une démocratie civile, se cache une réalité bien plus noire – celle des Rohingyas, la minorité musulmane vivant dans l’Etat d’Arakan au sud-ouest de la Birmanie, constamment soumise à la discrimination et à la violence, même la transition démocratique n’y ayant rien changé.

 

Même leur nom n'est pas reconnu par l'Etat

 

Musulmans dans un pays à majorité bouddhiste, les Rohingyas étaient reconnus minorité nationale lors de l'accession à l'indépendance de la Birmanie. Le coup d'Etat militaire du Général Ne Win en 1962 y mit fin et les Rohingyas se trouvèrent ainsi exclus des 135 minorités nationales officielles, avant que le pouvoir ne les prive en 1982 de la nationalité birmane proprement dite.

 

Jusqu’au nom «Rohingya» que l’Etat birman ne reconnaît pas, même le Gouvernement actuel dirigé par Aung San Suu Kyi rejette ce terme et le Ministère des Affaires Etrangères – que dirige cette même Aung San Suu Kyi – n’a pas manqué de le rappeler dans une note adressée récemment aux ambassadeurs en poste à Rangoun.

 

Les Rohingyas se voient ainsi nommer les «Bengalis», d'après une légende qui les veut originaires du Bangladesh voisin majoritairement musulman, selon le même principe qui fait des Roms, en anglais, des «gypsies», leur attribuant à tort une origine égyptienne.

 

Désespoir, exode et indifférence

 

Exclue du travail, de l’éducation et des soins médicaux, la minorité apatride ne trouve plus d’espoir de salut que dans la fuite, les tentatives de rallier par la mer des pays tels que la Thaïlande voisine, la Malaisie et l’Indonésie à majorité musulmane ou encore l’Australie, se soldant plus d’une fois par des drames. En Avril dernier, vingt d’entre eux ont encore trouvé la mort dans un naufrage, sans même avoir voulu fuir le pays mais alors qu'ils tentaient simplement de naviguer jusqu'à Sittwe, capitale de l’Arakan, où les autorités leur avaient interdit de se rendre par la terre.

 

En 2014, alors que la NLD était encore d’opposition, Aung San Suu Kyi avait déjà été critiquée de par le monde pour son silence au moment du regain de violence contre les Rohingyas en Arakan, tant du fait des autorités que de la majorité bouddhiste locale. Aujourd’hui au pouvoir, «The Lady», comme l’appelait Luc Besson dans le film qu’il lui consacrait en 2011, donne instruction aux chancelleries étrangères d’oublier jusqu’à leur nom.

 

C’est ainsi que la Birmanie dit adieu, il faut du moins l’espérer, à son passé de tyrannie et poursuit sa marche vers la démocratie, tout en restant le pays où vit ce qui est, selon l’ONU, la minorité la plus persécutée du monde. Avec en parallèle des gouvernements thaï, australien, mais aussi malaisien et indonésien, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée en masse de réfugiés rohingyas sur leur territoire et ne leur réservent pas un sort bien meilleur que celui qu’ils ont cherché à fuir.

 

La victoire électorale d'Aung San Suu Kyi

La situation en Birmanie préoccupe Amnesty