Dans un entretien récent sur  BBC #Afrique (23 juin 2016) à propos de la monnaie unique au sein de la CEDEAO, j’ai déclaré que la monnaie unique était possible grâce à une volonté politique des différents chefs d’Etat, mais que sur le plan technique et réel des économies de la zone, des difficultés existent pour favoriser la convergence réelle et fiscale des économies. 

 

J’avais en tête un débat que les économistes africains mettent sur la table  en expliquant qu’une souveraineté monétaire était un élément fondamental pour l’industrialisation et le développement de l’Afrique. Dans ce débat, des économistes africains, comme Kako Nubukpo, ancien Ministre togolais chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques, actuel responsable des questions économiques de l'OIF (Organisation internationale de la francophonie), établissent un lien causal entre développement et souveraineté monétaire. Ils s’appuient sur les réserves de change importantes de la BCEAO (Banque centrale des Etats d’Afrique occidentale) et de la BEAC (Banque des Etats d’Afrique centrale) que ces deux banques déposent auprès du Trésor Public français pour assurer la parité du Franc CFA avec l’Euro. Pour ces économistes et l’ancien Ministre Kako Nubukpo, la France et les deux Banques centrales ne contribuent pas au développement de l’Afrique car le taux de couverture, qui avoisine les 100% de l’émission monétaire effectuée par les deux Banques centrales dans la zone CFA, ne favorise ni les prêts aux PME, ni la croissance dans la zone CFA. Il faut donc réformer la zone Franc et consacrer 80% de ce taux de couverture pour accorder les crédits aux entreprises occidentales ou nationales (les économistes africains sont muets sur la question).

 

Les termes du débat sont-ils suffisants pour créer une monnaie unique ou pour refonder la zone Franc ? Pour la refondation de la zone Franc, c’est une piste importante, mais pour la création d’une monnaie unique, elle reste faible. La création d’une monnaie unique repose sur la confiance de cette population vis-à-vis de cette monnaie. Il y a des conditions techniques, strictes, liées à la convergence des économies sur le plan réel, réglementaire, fiscal et financier ; ce qui ne semble pas être le cas à l’heure actuelle tant dans la zone CEDEAO (Afrique de l’Ouest), que dans la zone CEEAC (Afrique centrale). La zone Franc  a des imperfections, comme le compte d’opérations des deux Banques centrales de la CEMAC et de l’UEMAO auprès du Trésor français mais les économistes africains ne disent pas la vérité aux populations africaines sur la viabilité d’une monnaie africaine car les pays africains sont confrontés à de nombreux problèmes (industrialisation, commercialisation, transformation, trading, etc.) qui, sur le plan international, limitent leurs marges de manœuvres. La plupart des matières premières et des produits miniers et pétroliers exportés sont produits par des compagnies étrangères qui organisent leur visibilité sur les marchés internationaux.

 

Comment obliger les compagnies étrangères à faire de la monnaie unique africaine une monnaie de règlement et de commercialisation, voire une monnaie de réserve internationale ? Les Africains posent la question d’une monnaie unique plus un plan idéologique politique que technique et social. Sur le plan politique et idéologique, on peut décréter une monnaie unique mais des exemples nous montrent que des pays comme le Zimbabwe, la RDC, le Ghana ou le Nigéria qui ont leur propre monnaie, sont incapables de construire des sentiers de croissance et de développement à long terme. Sur le plan social, en RDC les mamans sur le marché préfèrent être payées en dollars plutôt qu’en francs congolais (j’en ai été moi-même le témoin en 2012). A quoi sert une monnaie nationale quand on utilise des devises étrangères car sa propre monnaie s’effondre ou n’est pas convertible ? C’est le cas du Zimbabwe qui utilise le dollar depuis que sa propre monnaie s’est effondrée en 2009. #Agriculture #Croissance économique