Un sondage vaut… ce que vaut un sondage… Mais si "#Brexit signifie Brexit" comme la déclaré la nouvelle Première ministre britannique, Theresa May, la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne pourrait signifier aussi une scission en ordre dispersé. En Écosse, le Scottish National Party (SNP) de Nicola Sturgeon a clairement signifié que, faute d’une assurance sur la protection des intérêts écossais par Westminster et Downing Street, "l’indépendance devra être une option que l’Écosse sera en droit de prendre en compte". En Irlande du Nord – l’Ulster britannique – les perspectives sont différentes. Les six comtés britanniques (sur neuf) de l’ex-province irlandaise ne comptent pas encore deux millions d’habitants. Leur superficie ne représente que 5 % du #Royaume-Uni, leur économie n’est guère florissante, et Westminster les subventionne encore. Une totale indépendance semble d’autant plus risquée qu’elle pourrait impliquer, outre un fort rejet d’une large partie de la population, le rétablissement des contrôles à la frontière avec la République d’Irlande.

 

Une réunification dictée par les conséquences économiques ?

Le Belfast Telegraph a mené un sondage en ligne auquel près de 48 000 personnes ont répondu. 70 % d’entre elles se sont déclarées favorables à une réunification avec la République d’Irlande (Eire). Le parti Sinn Fein, nationaliste irlandais représenté des deux côtés de la frontière, s’appuie sur les résultats du référendum sur le Brexit, favorables majoritairement (à 55,6 %) au maintien dans l’Union européenne, pour inciter l’opinion à la réunification. Mais l’idée d’une réunification irlandaise semble aussi gagner du terrain dans des fiefs et localités unionistes (généralement peuplés d’anglicans attachés à la reine, à l’unité du Royaume-Uni), comme Bangor ou Lisburn. Bien évidemment, à Derry, fief catholique, la réunification avec l’Eire emporte le double des réponses favorables au statu quo.

 

La valeur indicative de cette consultation doit bien sûr être tempérée par le fait que la question de la réunification était subsidiaire. La principale question portait sur le rétablissement d’un contrôle à la frontière. Une très largement majorité y est opposée et si, et seulement si, des contrôles devaient être rétablis, cette même majorité préférerait une réunification irlandaise garantissant le maintien dans l’Union européenne. Le processus de paix en Irlande du Nord, après la véritable guerre civile ayant opposé l’IRA aux unionistes et à l’armée britannique, a inclus un protocole d’accord avec l’Eire selon lequel, en Avril 1998, les deux pays reconnaissent que "le peuple nord-irlandais" pourrait se prononcer et exercer son droit à l’auto-détermination "concernant une Irlande unie".

 

Un référendum transfontalier possible

Le chef du gouvernement irlandais, Enda Kenny, avait évoqué la réunification le 19 Juillet dernier, et son opposition, le parti Fianna Fàil, y est aussi favorable. À Belfast, le parti gouvernemental, le Democratic Unionist Party (DUP) avait fait campagne pour le Brexit. Si les incertitudes sur les conséquences (et inconvénients) du Brexit s’accroissent, l’unité même de cette formation pourrait être remise en question.

 

L’Union européenne, sous la houlette de Michel Barnier, désigné négociateur pour le Brexit et de longue date considéré intransigeant à l’encontre du Royaume-Uni, ne devrait pas faire de cette question un argument. La Catalogne porte à ne pas favoriser des velléités d’indépendance. De plus, divers incidents xénophobes, visant des ressortissants européens non-Britanniques, ont marqué les lendemains du référendum en Irlande du Nord. Attiser les tensions dans cette région serait estimé contre-productif. Mais l’hypothèse d’un référendum transfrontalier, imposé par la République, ne peut être sous-estimée, en vertu de l’accord de 1998. En fonction des équilibres électoraux entre formations, tant en République qu'en Irlande du Nord, cette question peut être instrumentalisée...