Le neuvième mois du calendrier lunaire musulman est considéré sanctifié par le jeûne, la prière, mais aussi la solidarité, l’entraide (y compris au bénéfice de non-musulmans) et la compassion. Le califat en a fait, en cette année 2016, aussi un mois de combat, en appelant membres et sympathisants à se livrer à des attaques ou des attentats. Message reçu…

 

Sans compter celles dans ses propres rangs, l’EI a recensé un chiffre rond de 5 200 victimes de par le monde, réparties quelque peu approximativement entre chiites (1 988), alaouites (580), chrétiens (285), et… Kurdes (965). Ce qui dégage un reliquat d’environ 700 victimes "diverses", animistes, agnostiques et athées, et sans doute un nombre indéterminé mais vraisemblablement important de sunnites, martyrs collatéraux malgré eux ; ou cibles considérées justifiées : ainsi des six militaires jordaniens dont le véhicule avait sauté sur une bombe domestique à proximité d’un camp de réfugiés en #Syrie. Ou encore les policiers saoudiens victimes de l’explosion de Médine.

 

L’hebdomadaire al-Naba détaille 18 opérations militaires ou attentats et meurtres, dont celui des deux policiers français. Pour les actions ponctuelles, l’Irak arrive en tête avec l’explosion d’un camion piégé à Bagdad la veille de l’Aïd. Suit l’attaque suicide de la boîte de nuit d’Orlando, celle d’un bar à touristes de Dhaka, et des opérations en Égypte, Yémen, Libye, Nigeria…

 

Grande absente : l’attaque de l’aéroport d’Istanbul (43 morts, près de 300 blessés) que la Turquie a attribué à l’EI sans que ce dernier ne confirme ni n’infirme. La théologie particulière de Daesh reprend et amplifie une croyance populaire musulmane pakistanaise selon laquelle mourir pendant le mois du ramadan facilite l’accès au paradis… Mourir en martyr et au cours du ramadan décuplerait les chances d’y parvenir au plus vite. C’est ce qui avait aussi en partie motivé la recrudescence des attentats du GIA islamique en Algérie.

 

Ce début de mois de chawwal (juillet) a aussi été marqué par d’autres attentats (provoquant la mort deux policiers égyptiens dans le Sinaï, 30 morts à Bagdad… Parallèlement, en 18 mois, le califat irako-syrien a perdu le contrôle d’environ un quart de son territoire (soit environ un dixième du territoire français). L’EI communique fort peu sur ses pertes au combat, du fait de bombardements, et seule une fraction des désertions est popularisée par des exécutions publiques (celles se produisant sur le front sont éventuellement évoquées).

 

Lors de la déroute de Fallouja, fin juin dernier, des centaines de véhicules militaires de l’EI (700 revendiqués par les sources irakiennes, 200 selon les sources étasuniennes attribuées aux frappes de la coalition) auraient été détruits. L’EI a fait savoir qu’il ne s’agissait que de véhicules civils. La réalité est sans doute que certains combattants y avaient embarqué des membres de leurs familles.

 

Toutefois, la propagande de l’EI n’exclut plus une série de futures défaites et de reprises des principales villes qu’il contrôle encore. Les références à l’éradication quasi-complète de l’État islamiques d’Irak, en 2008, sont devenues récurrentes mais c’est pour souligner que le califat avait pu renaître de ses cendres. Selon des sources américaines, s’appuyant sur des déclarations de responsables de l’EI recueillies confidentiellement, des dissensions entre les combattants de base et leur encadrement auraient découlé d’erreurs de commandement.

 

Selon la chaîne américaine NBC, un rapport transmis à la Maison Blanche conclut que le nombre des combattants de l’EI en provenance de l’étranger aurait chuté de moitié et s’établirait à présent aux alentours de 12 000, quelque 3 000 rejoindraient leurs pays d’origine chaque mois (sans qu’on puisse prévoir leurs intentions), et les arrivées se seraient taries à environ 500 mensuellement. Selon NBC News, le nombre des combattants d’origine française s’établirait encore à 1 200, moitié moins que celui des Russes… #Daesh