Près de 1 500 Berlinois sont descendus ce samedi dans les rues pour dénoncer l’accueil d’immigrés après quatre attentats ayant provoqué, ce mois, la mort de 13 personnes en #Allemagne. Dans diverses villes, des pancartes la dépeignant les mains ensanglantées ont été brandies par des manifestants réclamant sa démission#Angela Merkel, qui s’exprime rarement, avait, jeudi dernier, confirmé sa déclaration d'août 2015 ("nous pouvons le faire") en persistant dans sa volonté d’accueil d’immigrants – certes récemment tempérée – et en refusant de se laisser influencer par les divers attentats récents. "La peur ne doit pas guider nos décisions", avait-elle signifié. Les manifestants ont reçu le soutien implicite d’Horst Seehofer, le dirigeant bavarois, chef de file du parti de la CSU (Union sociale-chrétienne), qui a déclaré qu’il ne pouvait faire sienne la déclaration de la chancelière. Sans se prononcer pour une rupture de l’alliance avec la CDU (Union démocrate-chrétienne) de Merkel, Horst Seehofer a appelé la chancelière à "confronter la réalité en face".

 

Tout comme en France les formations périphériques soutenant le Front national, et dénonçant l’inaction des "socialauds-collabos" prétendument inféodés au communautariste islamiste (dont, par exemple, Riposte laïque), les manifestants allemands ont promené des bannières montrant Angela Merkel recouverte d’une burqa. Les réseaux sociaux abondent de messages exigeant sa démission. Le sentiment inquiétant de l’accueil des immigrés enfle, et selon le plus récent sondage, il aurait doublé en un an, pour rallier 83 % des répondants. Les sondés ayant totalement approuvé la déclaration de la chancelière ne représentent que 6 %. Le slogan le plus partagé sur les réseaux sociaux lui étant hostiles est devenu Merkel muss weg (doit partir). Des voix se sont aussi élevées au sein de la CDU pour laisser entendre que des mesures sécuritaires ou sociétales nouvelles seraient les bienvenues. Ainsi, Jens Spahn, le secrétaire d’État aux Finances, a considéré qu’à situation nouvelle, des contre-mesures nouvelles pouvaient s’imposer.

 

L’hostilité à l’encontre des immigrants a enflé depuis les festivités du dernier Nouvel An à Cologne, marquées par une vague d’agressions sexuelles. Depuis, sur quatre attentats survenus en Juillet, Daesh en a revendiqué clairement deux. Angela Merkel est aussi déstabilisée par le fragile accord passé avec la Turquie, censée retenir ou réintégrer – pour ceux dont les demandes d’asile en Union européenne sont rejetées – sur son territoire des immigrants syriens et irakiens. Demain, dimanche, une manifestation pro-Erdogan sera organisée à Cologne et il est redouté que des contre-manifestants provoquent des heurts. Cette manifestation sert aussi de révélateur pour la population allemande : même des immigrés de longue date continuent de s’identifier à leurs pays d’origine. Le ministère de l’Intérieur bavarois, supervisé par Horst Seehofer en tant que Premier ministre de la région, a réclamé que des quotas soient instaurés et un renforcement des contrôles pour les immigrants admis à séjourner en Bavière. Il a aussi suggéré que les futurs refoulés puissent être reconduits dans leurs pays d'origine.

 

Cependant, la société allemande, en particulier la jeunesse, reste sinon sereine, du moins modérée. La plus grande manifestation berlinoise de ce samedi a été le "train de l’amour", événement festif et musical qui a progressivement rassemblé 10 000 personnes, selon Die Welt, déployant des banderoles frappées du slogan "amour pour tous". Pourtant un sondage DPA publié ce jour tend à établir que 3 Allemands sur quatre estiment qu'un nouvel attentat se produira prochainement. Ce qui n'empêche pas qu'une large majorité, à peu près identique, n'envisage pas de modifier son mode de vie ou ses moyens de transport. Ce samedi a été aussi marqué, dans le quartier ouest de Munich, par l'évacuation du centre commercial Pasing Arcaden et de la gare de Pasing  à la suite d'une alerte à la bombe.  #Gouvernement