Le putsch avorté du 15 Juillet justifie une immense purge visant à museler toute critique visant le président Erdogan. Il vient de décider, mercredi en fin de journée, la fermeture de pas moins de 25 quotidiens, 16 chaînes de télévisions, trois agences de presse, 15 magazines, 23 stations de radio. Soit un total de 82 organes de presse. En outre, 29 éditeurs sont frappés d’interdiction.

 

Ce n’est que le prolongement d’une longue et déjà ancienne liste d’atteintes aux droits de la presse et à la liberté d’expression. Journalistes, universitaires, chroniqueurs, cinéastes, &c., ont été limogés sous pression, arrêtés, inculpés, emprisonnés. Pour donner le change – sans convaincre personne – Erdogan a décidé de retirer toute plainte visant les chefs de file des partis d’opposition.

Publicité
Publicité

Ces poursuites visaient des "insultes" lui étant, selon lui, adressées : le sultan décide souverainement de ce qui constitue une insulte à l’endroit (ou l’envers) de sa personne.

 

Déjà, ces jours derniers, 42 journalistes ont été accusés d’être des sympathisants du mouvement Gulen et ont été incarcérés. Parmi eux figure Bulent Mumay, 39 ans, un contributeur du très respecté quotidien Hürriyet, membre de l’International News Media Association (INMA). La rafle de mardi, est donc suivie d’une opportuniste mesure de censure de multiples organes de presse ou d’édition…

 

Les détenus peuvent rester en garde à vue jusqu’à 30 jours sans que les motifs de poursuite leur soient communiqués. C’est moins sévère qu’une lettre de cachet expédiant à la Bastille, mais l’effet est similaire : il vaut avertissement à quiconque critiquerait le sultan ou son parti, l’AKP, quels que soient les faits (notamment de corruption, d’enrichissement indu, de trafic d’influence).

Publicité

 

Ce mercredi, 47 mandats d’arrêt ont été signifiés aux journalistes ou administratifs du quotidien Zaman, lequel était dirigé depuis Mars dernier par un commissaire aux comptes désigné par Erdogan. Désormais, avoir simplement été en relation, même fortuite, avec un membre ou sympathisant du mouvement Gulen peut vous valoir un emprisonnement.

 

Bien évidemment, pas davantage que Bulent Mumay, l’immense majorité des journalistes poursuivis ou incarcérés n’ont d’autres relations que professionnelles avec le mouvement Gulen. Bulent Mumay avait d’ailleurs été inquiété par le mouvement Gulen, très présent dans la police et la magistrature du temps où il favorisait l’AKP d’Erdogan. Qu’à cela ne tienne, il s’agit de faire passer le message : soit vous encensez le sultan Erdogan, soit vous subissez les conséquences. Désormais, le sultan passe aussi des consignes à ses partisans : intimidez la presse étrangère. Tous les journalistes ou membres d’équipes techniques ayant couvert le coup d’État et paraissant d’origines non-Turques ont été intimidés.

Publicité

Et un journaliste turc présumé opposé à Erdogan a été lynché.

 

Amnesty International craint que, comme d’autres détenus, les journalistes soient soumis à la torture pour avouer des menées imaginaires, tout comme au temps des procès de Prague. La #Turquie s’apparente de plus en plus à un régime dictatorial et doit être, de ce fait, mis au ban des nations démocratiques. Par conséquent, expulsé de l’Otan. Quitte à voir Erdogan, après avoir favorisé le califat islamique de l’ISIS, se rapprocher de la Russie de Poutine. Il n’y a plus aucune différence entre le califat et le sultanat turc. Et il faut en tirer toutes les conséquences. Notamment celle d’accueillir les réfugiés politiques…

 

N'oublions pas que la visée ultime d'Erdogan est, depuis la Bosnie jusqu'aux républiques turcophones de l'ex-Urss, de se poser en nouveau souverain d'un empire ottoman. Objectif à long terme, certes, qu'il a fixé à ses descendants. Cette Sublime Porte n'a rien de sublime : elle se fonde sur une alliance du sabre et du goupillon islamiste. Qui met en danger toutes nos libertés fondamentales. #Démocratie