Johannesz Hahn, le commissaire européen autrichien en charge de l’intégration européenne, donc d’une éventuelle adhésion de la #Turquie à l’UE a clairement énoncé que la purge globale que Recep Tayyip Erdogan et son parti islamiste, l’AKP, amplifient quotidiennement, avait été préparée de longue date. Le président turc s’appuie à présent sur une foule fanatisée et une administration totalement muselée pour parvenir à ses fins, soit l’extension d’un pouvoir présidentiel en faisant un potentat tout puissant. S’il ne peut être avancé avec certitude que le coup d’État militaire fut provoqué, attisé, par une partie de l’État-major soumis au pouvoir du président, son fiasco entraîne des conséquences dont la préméditation semple de plus en plus évidente.

 

Ce coup d’État a très certainement impliqué des officiers, notamment des pilotes, désireux de mettre fin au régime islamiste, mais il a été exécuté par des troupes composées principalement de conscrits. Nombre d’entre eux croyaient participer à une manœuvre ou à des exercices de maintien de l’ordre. Le président Erdogan a encouragé ses partisans les plus déterminés à se livrer à un véritable lynchage de ces conscrits, dont, pour l’exemple, des dizaines sont morts roués de coups, sans que la police puisse s’y opposer. On peut présumer que, plus que des représailles immédiates d’une foule incontrôlable, ces policiers aient craint de se désigner opposants au pouvoir et voués à être soit emprisonnés, soit limogés.

 

Dès le lendemain du fiasco, plus de 6.000 suspects, presque tous militaires ou magistrats, ou fonctionnaires de la Justice, et conseillers d’État, ont été incarcérés. Mais, depuis, près de 8.000 policiers ont été suspendus et, rapporte l’édition en anglais d’Hürriyet, le ministère turc de l’Intérieur a aussi limogé plus de 600 officiers de gendarmerie ainsi que 77 "préfets" (gouverneurs régionaux ou départementaux). Ce qui porte à près de 15.000 les détenus ou assignés à résidence.

 

La presse turque est très étroitement contrôlée par la présidence et l’AKP. Hürriyet Daily News ne fait pas exception, d’où l’extrême prudence de ses éditorialistes. Mais ils rapportent qu’il aurait été fait état à des officiers supérieurs que, dès la mise à la retraite de certains d’entre eux, fin Juillet prochain, une plus vaste purge était programmée dans les rangs de l’armée, visant tant le haut commandement que des officiers subalternes. Les journalistes relèvent bien sûr aussi la possibilité que la thèse du pouvoir, soit l’infiltration de l’armée et de la fonction publique par des partisans du prédicateur Fethullah Güllen, soit valide. Par ailleurs, sans que bien évidemment ce soit clairement énoncé, la composition de la direction des putchistes peut laisser envisager que des militaires des plus décidés à combattre Daesch (et donc moins les Kurdes) aient été majoritaires parmi les rebelles.

 

Hürriyet fait état de l’hypothèse que le coup d’État aurait été "un scénario établi par Erdogan" et la réfute en soulignant les risques impliqués et aussi la mort d’Erol Olçak et de son fils de 16 ans, tout deux étroitement proches du président. Federica Mogherini, ministre italienne des Affaires étrangères déléguée auprès de l’UE, a exprimé l’opinion de la conférence des ministres des Affaires étrangères, soit que l’État de droit doit prévaloir en Turquie, sans démentir les propos de Johannesz Hahn. Il peut être redouté que la répression s’étende aux familles des détenus et limogés. La révocation de magistrats vise à ce qu’une justice expéditive (des comparutions ont déjà été observées) et surtout implacable, s’applique avec pour objectif un encore plus vaste coup de filet et le prononcé de très longues peines.

 

Les conséquences de cette purge pourraient, sur le plan international, impliquer un relâchement des liens avec l’UE et parallèlement, une accélération du rapprochement entamé avec la Russie. Une rencontre entre Poutine et Erdogan est annoncée pour Août prochain. #Union Européenne