Sur Fox News, Trump a martelé, lundi dernier, que l’élection présidentielle du 8 novembre « sera truquée » en sa défaveur. Il a ajouté : « j’espère que les républicains seront vigilants, sinon la victoire nous sera dérobée ». Bah, il en a proféré bien d’autres, accusant des adversaires de bourrer les urnes ou de fausser les décomptes. Il a utilisé l’argument lors des primaires contre le sénateur du Texas, Ted Cruz, et auparavant affirmé que Barack Obama n’avait pu battre le républicain Mitt Romney qu’à la faveur de manipulations.

Pas de quoi, donc, motiver le président en exercice à lui opposer un démenti. Obama l’a pourtant fait, en ne le reprenant que sur ses propos. Mais, en arrière-plan, c’est toute une campagne sur le thème d’un plus vaste complot, aux modalités variées, qu’encourage ou laisse se développer le candidat républicain.

Obama s’est borné à rappeler qu’en divers États, dont le Texas, ce sont des républicains qui organisent le scrutin, que la supputation est « ridicule », et que dans l’éventualité où l’adversaire d’Hillary Clinton finirait par être battu malgré une très forte avance dans les sondages, « il pourra peut-être se poser la question ». Pour le moment, avec des fluctuations, les sondages donnent Clinton et Trump à peu près à égalité.

Mais pour les partisans de Trump, le complot serait encore plus vaste et plus terrible ; ils créent des sites et des comptes sociaux éphémères pour en amplifier la portée.

Trump, le protecteur de l'Amérique

Dès mercredi, comme beaucoup d’internautes fréquentant des sites américains, j’ai reçu un courriel beaucoup plus explicite que l’accusation de fraude classique avancée par Trump.

« Même Hillary a été interloquée quand elle l’a découvert… Selon de récentes indications, le FBI est en droit de croire que l’Amérique va subir un coup monté, visant à paralyser tous les systèmes d’infrastructures vitales du pays ».

Le lien joint renvoie vers un site alarmiste annonçant le déclenchement de la Troisième Guerre mondiale et vantant le livre d’un « bon père de famille chrétien ». Daesh va s’allier avec des groupes terroristes et des cartels de la drogue puis infiltrer le territoire américain depuis le Mexique. Certes pas de propagande directe pour Trump, mais qui, sinon le candidat pugnace qui s’emploiera à dresser un mur à la frontière mexicaine, saura préserver les All True Americans ?

La suite du courriel plaide davantage pour un vote Trump. La catastrophe interviendra un peu avant le 8 novembre, toute élection sera de fait rendue impossible, et l’actuelle présidence démocrate restera en place.

Conclusion : « cela sent l’implication d’Obama à plein nez » (‘from miles away’).

Cela vaut appel du pied aux libertariens les plus radicaux, ceux qui vivent le plus possible d’autres habitations que les leurs, et à tous les ultra-nationalistes dont Trump convoite les voix : surtout, ne vous abstenez pas.

Obama désigné traître à la nation

Trump avait déjà, encore sur Fox News, en avril dernier, dénoncé la décision d’Obama « d’accueillir 200 000 réfugiés syriens », qui seraient forcément infiltrés, et déterminés à fomenter une prise du pouvoir. Le chiffre est hasardeux (c’est de l’ordre de 10 000), mais peu lui importe : lui, élu, renverra tous les réfugiés musulmans en Afrique, Asie et Europe… Lui, président, protégera l’Amérique. Lui, président, boutera l'étranger dehors.

À l’inverse, d’obscurs mouvements afro-américains accusent Trump de vouloir s’emparer des pleins pouvoirs dès qu’il remportera – forcément – l’élection. Sincères ou stipendiés par l’équipe de campagne de Trump ? Car ses partisans s’emparent de l’argument pour pointer la volonté des démocrates d’employer toutes les méthodes possibles pour empêcher le candidat de se présenter. Divers quotidiens ont mis en question la santé mentale de Trump. Aussitôt, le camp Trump se récrie : on fera tout pour l’empêcher de remporter la présidence, quitte à l’invalider avant l’élection... Et son équipe de campagne attise de douteux relais d'opinion. #Donald Trump #Élections #Etats-Unis