Pour les personnalités turques, ne pas être vues à l’immense rassemblement de ce dimanche soir sur l’esplanade Yenikapi à Istanbul, revenait à afficher des sympathies pro-Fetö (le mouvement Gülen) ou pro-HDP, le seul parti, considéré pro-kurde, à n’avoir pas été invité. Sportifs, actrices, auteures, écrivains ou journalistes ont donc afflué. Les participants brandissaient des millions de drapeaux turcs, mais aussi, çà et là, de l’Azerbaïdjan, d’Afghanistan, d’Albanie, voire de l’Armée syrienne libre… Et aussi des banderoles frappées de slogans à la gloire d’Erdogan : "tu es un cadeau d’Allah", "Ordonne-nous de mourir, nous le ferons". Le ministre du Diyanet (Affaires religieuses) a ouvert le meeting en récitant des versets du coran.

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Pour un retour à la peine de mort

Puis ce fut une succession d’interventions, notamment des chefs de file des deux partis d’opposition conviés, le CHP (Républicain du Peuple) et le MHP (Mouvement nationaliste). Après des prises de parole d’officiers supérieurs, Erdogan s’est adressé à une foule scandant son désir de voir rétablir la peine de mort. Il ne s’y opposera pas, pas davantage que les parlementaires car "si le peuple le veut…". Une chaîne de télévision a retransmis le discours traduit en diverses langues dont l’anglais, le français et le russe, ce aussi en direction de diverses régions ou pays dans lesquels des écrans géants avaient été installés, dont l’un en Pennsylvanie, État américain où réside Fethullah Gülen… Erdogan s’est abstenu de transformer l’événement en rallye anti-occidental… La plupart des femmes portaient au moins un foulard ou des robes traditionnelles, mais les milices ne s’en sont pas pris à celles vêtues de maillots ou de robes révélant leurs bras nus, comme lors de précédentes veillées dans les provinces.

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Ces veillées ont été marquées par des appels à faire périr les milliers de prisonniers et détenues (parfois, en l’absence des recherchés, leurs épouses, comme celle du journaliste de Zaman, Bülent Korucu). Les personnes sont emprisonnées indéfiniment, du fait de simples dénonciations anonymes, et privées de soins, de tout contact avec un avocat (et nombre d’avocats déclinent de les défendre). Jeudi soir, à Denizli, lors d’une "veille démocratique", le ministre de l’Économie s’était distingué en développant les directives gouvernementales. Les prisonniers "vont finir par supplier : ‘qu’on crève !’. On va les envoyer dans des trous où ils ne verront plus le soleil, ni de visage humain ; ils vont nous supplier qu’on les tue, ce sera pire que la peine de mort". Les arrestations se poursuivent, parfois sans prévenir les familles qui ne peuvent localiser leurs proches. Des suicides et tentatives de suicide, des passages à tabac ou des séances de torture, ponctuent la détention. L’agence de presse Anadolu ne se prive pas de montrer des images de personnes blessées ou aux vêtements tachés de sang. Amnesty International dénonce les risques "d’exécutions extrajudiciaires", mais aussi les viols.

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Erdogan a sobrement commenté qu’il pouvait s’être produit "quelques blessures lors de bousculades".

 

Réchauffement avec la Russie

Mardi prochain, Erdogan sera reçu par Poutine à Saint-Pétersbourg. Il sera question de la reprise de relations commerciales, du redéveloppement du tourisme, mais aussi de la relance d’un projet de gazoduc, le TurkStream, qui, partant d’Anapa (Russie) traversera la mer Noire pour déboucher dans la partie européenne de la #Turquie. Il pourrait ensuite desservir la Grèce, et à terme, l’Autriche. L’engouement à l’égard d’Erdogan pourrait retomber si l’économie ne se redresse pas. La Russie était l’un des premiers pays importateurs de produits manufacturés turcs et le nombre de touristes russes en Turquie a régressé de 87 % par rapport à 2015. L’agence Moody, qui classe le pays à Baa3 a reporté sa décision de baisser cette note jusqu’en décembre. Fitch réserve aussi son appréciation. Pour le moment, la livre turque se maintient à 0,3 euros#répression