Les autorités roumaines sont très pointilleuses sur la réputation de leur pays. Il y a, côté délinquance internationale, la confusion entre Roms et Roumains, et quelques scandales montés en épingle tel le précédent de la viande de cheval roumaine achetée par le transformateur français Spanghero (mars 2013). Les abattoirs roumains n’avaient nullement dissimulé la nature des viandes, ni profité de la fraude.

Candidate à l'espace Schengen

Il faut dire que le pays, techniquement apte à rejoindre l’espace Schengen depuis 2010, et ayant investi beaucoup pour ce faire, frappe toujours à la porte puisque France et Allemagne ont opposé leur veto. La #Roumanie conditionne à présent l’accueil de réfugiés à une admission dans ce « club »

Alors, se voir décrit telle la plaque tournante du trafic illégal d’armes en Europe peut alarmer. C’est ce que viennent de faire Stuart Ramsey, de #Sky News, et ses deux assistants. Le parquet roumain les poursuit pour l’équivalent français du délit de propagation de fausse nouvelle et a lancé une commission rogatoire. Pour la presse roumaine, le pays est la cible d’une « guerre informationnelle hybride ».

Sky News et Stuart Ramsey ont formellement démenti avoir rétribué trois chasseurs, qui apparaissent cagoulés devant les caméras, et assurent pourvoir fournir tout type d’armement en provenance d’Ukraine. Mais les enquêteurs roumains ont retrouvé le « fixeur » de l’équipe de Sky News et mis en garde à vue les trois figurants. La chaîne pourra peut-être plaider la bonne foi, et avoir été abusée par son indicateur, en connivence avec ses trois complices qui l’ont bernée… Après tout, si la mise en scène n’est pas le fait de ses journalistes, ils se seraient simplement montrés crédules et naïfs. Et puisque toute la presse internationale a gobé l’affaire du charnier de Timisoara, lors de la « Révolution » roumaine de 1989 (des cadavres déterrés puis enfouis pour passer pour des victimes du régime Ceaucescu), ce serait en quelque sorte « un partout ».

Autres bidonnages ?

Depuis, la presse roumaine s’attache à vérifier les infos de Sky News. Elle met à présent en cause un autre reportage, cette fois de John Sparks, qui dénonce la formation, en Syrie, d’unités de mercenaires russes pour combattre aux côtés des troupes syriennes. Ils toucheraient plus de 3 000 euros mensuels, auraient été recrutés par l’officine « Wagner », et subiraient des pertes effroyables (déjà 600 morts dans leurs rangs). Wagner serait dirigée par Nikolaï Utkin, un ex des forces spéciales, nostalgique du Troisième Reich. Les volontaires seraient privés de leurs documents d’identité, et si démobilisés, voués à l’anonymat, à l’oubli et à la précarité des SDF.

La presse russe, la cubaine, et à présent la roumaine, dénoncent que le témoin flouté, un certain Dmitri, serait un Moscovite, l’acteur Alexandre Agapov. Quant aux médailles arborées par les combattants, des cosaques du Don, elles proviendraient d’un marché aux puces.

Dans l’affaire du trafic d’armes, les figurants brandissaient des fusils de chasse pour lesquels ils détenaient des permis, et leurs vêtements leur auraient été fournis par le journaliste. Sans doute originaires des Mara Murès (frontaliers de l’Ukraine), les hommes auraient été filmés dans une forêt de Transylvanie afin de dramatiser le décor. Effectivement, le reportage ne montre que des fusils de chasse…

Adevarul a révélé l’identité des trois hommes, Mihai Szanto, Atilla et Levante Pantics, et celle du « fixeur », Aurelian Szanto. La Roumanie considère que le reportage « induit en erreur les autorités et les populations européennes ». Le « reportage » laisse entendre que les réseaux terroristes islamistes en Europe se fournissent en Roumanie, notamment en AK-47 à 1 700 euros l’unité. Un prix un peu gonflé : on en trouve pour moins cher…

Sky News est aussi soupçonnée d’avoir bidouillé une liste de 22 000 djihadistes du califat, ou de s’être fait gruger par des faussaires.

Ambiancer l'info, exagérer dans le sensationnel, c'est pas beau. #trafic d'armes