Avec une morgue et un aplomb de souverain, #Erdogan a réfuté toute critique sur les purges et sa campagne haineuse. Dans en récent entretien avec la RAI (Italie), il a réaffirmé qu’il ne pourra s’opposer à une majorité parlementaire rétablissant la peine de mort et surtout signifié que ni lui, ni sa famille ne pouvaient être critiqués. Son fils Bilal, déjà convaincu, si ce n’est par la justice, du moins par la presse turque, de corruption (et de trafiquer avec Daesh), fait l’objet de poursuites pour blanchiment d’argent en Italie. "Occupez-vous donc de la mafia, pas de mon fils", a commenté Erdogan à l’adresse du gouvernement italien. Bref, circulez, il n’y a rien à voir. Que voit-on en #Turquie ? Déjà, lors des révélations sur la corruption familiale (fort étendue au-delà de la personne de son fils), Erdogan s’en était pris aux gülanistes et à leur mouvement Hizmet. Il avait, fin 2013, tapé très fort au portefeuille… Bis repetitam placet, à présent, mais beaucoup plus fort. Tout banquier, commerçant ou industriel accusé d’être un "feto" (abréviation du prénom de Fethullah Gülen), à tort ou à raison, se voit révoqué d’office, privé de ses biens et de son passeport, puis son entreprise passe aux mains de la famille ou des amis d’Erdogan.

 

Pour préparer l’opinion à ces exactions, le sultan et son parti, l’AKP ont orchestré une vaste et continue campagne de délation et d’appel à trucider les gülanistes (ou assimilés d’office dont les fonctions ou les biens sont convoités). Pour ne pas être suspectées d’avoir la moindre sympathie pour les "fetos", des personnalités en rajoutent. Le musicien et acteur Yavuz Bingöl donne le ton : "les gülenistes n’ont même pas leur place en enfer". Quant aux membres et sympathisants de l’AKP, ils se lâchent encore plus férocement, à la suite d’Erdogan qui qualifie de vampires et de hachichins (assassins) le mouvement Hizmet et ses sympathisants (voire simples connaissances). Erdogan en fait des espions "au service du Mossad" (israélien).  Le maire d’Ankara pousse au pogrom : "Tout le monde dehors… noyons les parallèles avec nos crachats". Cela s’étend bien sûr aux alévis (chiites très modérés et modernistes). "Faisons vomir leur sang aux Fetos", tweete un candidat au poste d’un recteur universitaire révoqué. Un journaliste pose devant une banderole frappée du slogan "Feto, chien du diable, nous te pendrons, toi et tes chiots, avec vos propres laisses…". Les prendre en pitié, c’est se montrer pitoyable, lit-on sur les réseaux sociaux. Erdogan n’est pas encore qualifié de sultan, mais de Raïs (leader maximo, conducator, duche, etc.).

 

Cela évoque la révolution des gardes rouges chinois avec des slogans tels que "Ô président Mao, soleil rouge, locomotive lancée à toute vapeur sur les rails du socialisme" (authentique). "Ô Raïs, que nos mères et nos pères te soient sacrifiés, des millions attendent tes directives", lit-on. On se livre à des autodafés (bûcher ou massicotage) d’ouvrages suspects dans les universités. "On doit mettre la main sur tous les biens, les logements, les commerces et les comptes bancaires", préconisent ceux qui veulent en bénéficier, tous comme les collaborationnistes européens s’emparaient des biens des juifs déportés par les nazis. Et c’est bien ce dont il est réellement question. "Les femmes de ces putchistes sont désormais le butin du peuple" : le discours de Daesh est repris tel par l’un des dirigeants du club sportif Trabzonspor (de Trébizonde, Trabzon). Partout des pantins représentant Gülen sont pendus. Et Erdogan accuse désormais l’Europe et la #CIA d’avoir aidé à fomenter le coup d’État. Le chancelier autrichien a reçu des menaces de mort... La purge s’étend aussi au parti d’opposition CHP (36 arrestations), aux médecins militaires. C’est un système de dépouille, commencé dans le groupe pétrolier Petkim, qui se progage à tout le secteur productif… Par ailleurs, tous les pays abritant des écoles du mouvement Hizmit sont sommés de les fermer...