Le seul titre de la couverture de #Dabiq nº 15 résume tout le contenu du mensuel (80 pages) : « Briser la croix ». Mais il faut quasiment l’entendre comme un acte de charité musulmane : c’est, selon leur lointain interprète de leur prophète, un certain Abu Uhrayrah, accomplir ainsi la volonté de Jésus-Christ qui, cette fois vraiment ressuscité, lors de l’Apocalypse, rétablira la vérité, niera s’être jamais proclamé d’essence divine, démentira avoir été crucifié, &c., et proclamera la suprématie du seul dieu véritable, celui de Mahomet. Hormis quelques pages félicitant leurs auteurs de leurs exploits « militaires » (ainsi des attentats de Nice et de Normandie), un peu partout dans le monde, tout ce numéro est en fait destiné à convaincre chrétiens, agnostiques et athées, de se convertir.

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Ce ne sont que sermons et homélies s’enchaînant, témoignages des félicités de convertis ayant pu rejoindre le califat (ainsi d’une Finlandaise, Umm Khalid al-Finlandiyyah, de Abu Sa’d at-Trinidadi, originaire de Trinidad, de deux Canadiens…), et tout un fatras de considérations théologiques. On pourra s’étonner que ceux qui croient aux djinns et aux anges imputent aux autres "peuples des Écritures" d’y croire tout autant, mais en les divinisant (les chrétiens adoreraient des séraphins et chérubins indécents). On a fait longtemps dire à Mahomet tout ce que l’on jugeait bon pour sa propre cause, et la secte millénariste du califat en rajoute à grandes louches.

 

Mais il faut bien aussi, pour convaincre, justifier ses pratiques. C’est avec force citations coraniques ou de hadiths qu’il est expliqué l’infériorité des femmes, la licité d’user d’esclaves sexuelles, etc...

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Quatre pages sont consacrées à justifier les actions les plus violentes, dont les défenestrations, décapitations, attentats et autre activités "ludiques" car devant réjouir leurs auteurs qui rendent ainsi grâce à dieu. La bible est appelée à la rescousse presque autant que le coran, et bien sûr l’évangile de Luc. L’esclavage, notamment en Afrique, est justifié, jusqu’à la conversion complète des esclaves, car c’est la loi divine. L’auteur – anonyme – imagine le califat ayant envahi le Japon, convertissant à tout va, et faute de succès, envisageant très sereinement de réutiliser la bombe atomique. "Le glaive découle de la loi d’Allah" : telle est la légende d’un très réussi instantané de décapitation, avec jets de sang sortant du cou juste après que la tête ait chu.

 

Une photo du pape apostolique romain François serrant la main de "l’apostat Ahmed el-Tayeb", cheikh et imam de la grande mosquée du Caire, d’autres de soufis en extase, et de divers musulmans "renégats", qui ne s’emploient pas assez à faire régner mondialement la charia par le glaive, illustrent une longue diatribe justifiant que quiconque ne se soumet pas au calife Abu Bakr al-Baghadi doit périr par l’épée. Je n’ai pu consulter que la version anglophone, la francophone tardant à essaimer sur les sites archivant les publications du califat.

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Mais nul doute qu’on y retrouvera l’injonction à faire flotter la bannière noire sur "Constantinople et Rome". Grâce à une révolte des Turcs et des Italiens convertis au "vrai et seul islam" ? Pour le moment, le nombre des massacrés dépasse celui des convertis à une croyance phallocrate et tortionnaire. Allah reconnaîtra les siens… L'éditorial résume : "nous saisissons l'occasion de ces multiples massacres les visant ainsi que leurs intérêts pour les appeler de nouveau à rejoindre la religion du pur monothéisme, de la vérité, de la compassion, de la justice, et du glaive".

 

Touchante invitation. Là, j'ai piscine, désolé... Étrange, cette édition truffée de références bibliques (ainsi à Jéthro ou Abu Madian, présumé beau-père de Moïse), que la plupart des affidés du califat ignorent, évoque une sorte de chant du cygne. Alors que l'administration du califat fuit Mossoul, laissant population et combattants à leur sort, cela fait l'effet d'une élégie posthume.   #Presse #Daesh