Impossible de comptabiliser les arrestations actuelles en #Turquie et encore moins les mandats d’arrêt visant des personnes en fuite. Mais un chiffre donne une indication de l’ampleur des purges : 38 000 prisonniers ont été libérés immédiatement, mais la mesure s’étendra progressivement. Au total, 93 000 détenus, la plupart ayant moins de deux ans à purger, vont bénéficier d’une levée d’écrou. Les condamnés de droit commun (hors criminels, terroristes, détenus politiques) ayant accompli la moitié de leur peine seront bientôt relâchés.

Il faut faire de la place, mais aussi partiellement remplacer les révoqués. Ils sont déjà, depuis hier, mercredi, déjà près de 3 000 de plus dans la fonction publique, et des centaines de cadres du secteur privé ou des professions libérales sont privés d’emploi.

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Verra-t-on d’ex-condamnés intégrer la police ?

Au tour des Kurdes ?

Le nombre des révocations, licenciements, dépasse celui des poursuites. De plus, nombre de professionnels détenant encore leur passeport (confisqué aux suspects désignés) tentent de gagner l’étranger. Certes, la population active de la Turquie dépasse les 28 millions, mais un bon tiers se consacre à l’agriculture ou la pêche. Dans divers secteurs, la saignée est profonde.

Des réhabilitations de fonctionnaires ou militaires révoqués auparavant, car kémalistes (laïques) sont actées ou en cours. Mais les purges toucheront à présent les Kurdes ayant pu être embauchés dans la fonction publique. Environ 800 000 fonctionnaires, dont des Kurdes, tous présumés avoir bénéficié d’un coup de pouce du Fetö (Fethullah – Gülen – organisation terroriste) pour intégrer l'administration, sont concernés.

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Les non-révoqués verront leur avancement bloqué.

« Il ne s’agit pas d’une amnistie », assure le garde des Sceaux, et donc certains emplois ne devraient pas être ouvert aux libérés faisant l’objet de surveillance.

Les décrets sont promulgués en vertu de l’état d’urgence et doivent théoriquement être ratifiés ensuite par le parlement. Mais ils s’appliquent immédiatement.

Économie chancelante

Pour concilier l’opinion, et favoriser les classes moyennes, Erdogan a décidé une exonération des pénalités fiscales. L'obtention de crédits sera assouplie. Des moratoires sur les dettes des entreprises vont être promulgués. Baisser les taux des prêts immobiliers est envisagé. Mais cela enflera la dette publique et réduira les ratios des banques devant rembourser des emprunts étrangers. Les agences internationales de notation en ont déjà pris acte et averti qu’elles réviseront à la baisse leurs évaluations.

Selon le Premier ministre turc, les conséquences des purges et des mesures de relance n’affectent que très peu l’économie.

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Ce n’est sans doute qu’apparent et ne tient pas compte du moyen terme.

Le mouvement Gülen se distinguait en formant nombre de cadres réputés intègres. Tandis que les scandales liés à la corruption, impliquant des personnalités proches du pouvoir ou du clan familial du sultan Erdogan, ont défrayé la chronique financière, économique et judiciaire. À présent, le gouvernement relance des projets d’infrastructures gigantesques, dont un troisième aéroport pour la capitale et un troisième pont enjambant le Bosphore, pour près de 45 milliards de dollars. Une manne pour les entrepreneurs conciliants avec le pouvoir ? Selon le ministre des Transports, ces projets auraient été bloqués par les « infiltrés du Fetö ». Ou par manque de liquidités ? Ce n’est en tout cas pas la Russie qui pourra financer ce qui, hormis un nouveau gazoduc, ne lui profitera pas. Israël alors ? Gülen était hier le suppôt d'Israël ? Istanbul se rapproche de Tel Aviv. Le Times of Israel estime qu'Erdogan pourrait évoquer les liens de Gülen avec des rabbins et diplomates israéliens.

Côté tourisme, Antalya a vu sa fréquentation baisser de moitié en juillet et la reprise des attaques du PKK kurde ne va pas rassurer les vacanciers. De plus, le « sunnisme modernisé » d’Erdogan sent le rance et l’islamisme camouflé. Peu engageant. #Economie