Rappelez-vous l’affaire Clinton-Lewinsky (Bill et Monica). Ce ne fut pas la liaison entre l’ex-président et une stagiaire qui faillit conduire à la révocation du locataire de la Maison Blanche. Il avait plaidé qu’une fellation ne constituait pas une « relation sexuelle » mais l’accusation de parjure fut retenue, et repoussée par le sénat faute d’une majorité des deux tiers. Il faut saisir la mentalité étasunienne pour comprendre à quel point le portrait à charge de #Donald Trump, dans le Washington Post, peut sonner la fin de ses prétentions électorales.

Rappelez-vous : le seul motif susceptible de faire réagir le candidat républicain, et qui le fasse intenter des poursuites à l’encontre de la presse, c’est de mettre en doute son honnêteté sur l’étendue de sa fortune.

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On peut se gausser de sa coiffure, de sa famille, de tout, mais pas de son assise financière. Or le Washington Post ressort divers mensonges du candidat républicain relatifs à ses revenus. Il aurait exagéré le coût d’accès à ses golfs, menti sur ses dettes, le nombre de ses salariés, le montant de ses participations en diverses sociétés.

Cela semble dérisoire, mais c’est très révélateur de la conception de la vérité du milliardaire. Lequel fonde sa campagne sur son franc-parler, souvent outrancier, le refus des tournures « politiquement correctes », et une relation de confiance avec la population.

Le Washington Post dément que, contrairement à ses affirmations récentes, il se serait opposé à une intervention militaire en Irak. Cela semble ahurissant (pour un lectorat européen) mais Trump a fait état d’un courrier de la Fédération nationale du football (américain) pour refuser tout débat en face à face avec Hillary Clinton (donc pour préserver l’audience télévisuelle des rencontres sportives).

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Pure invention. Le Washington Post a transmis à Trump une liste de questions sur ses allégations, à confirmer ou infirmer, sans obtenir de réponse.

Trump se vante de détenir plus de cinq milliards de dollars. En réalité, sa fortune ne s’élèverait qu’aux alentours de 200 millions. Il avait avancé qu’il avait reçu plus d’un million de dollars pour une intervention lors d’une conférence. Il a dû rectifier : ce n’étaient que 400 000. Il s’était targué d’employer 22 000 personnes, et c’était faux. Il incluait nombre de sous-traitants.

Le Post multiplie exemples et instances établissant que Trump est un menteur récidiviste. Or, bien davantage que ses gaffes, ses propos sibyllins, ses affirmations démenties dès le lendemain (ou explicitées de manière contournées, ainsi de son incitation déguisée à tuer Hillary Clinton si elle était élue présidente), la recension de ses mensonges passés sur sa fortune et ses affaires – souvent désastreuses dans l’hôtellerie et les casinos – peut lui coûter cher en intentions de vote.

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Désormais, le cinquième des électeurs républicains souhaite que leur candidat désigné se retire. Ses déclarations équivalent à « un test de Rorschach verbal », selon la formule d’un commentateur en vue outre-Atlantique… Comprenez qu’il ment et dément sans cesse.

Déjà désavoué par nombre de personnalités, d’élus et de donateurs républicains, Trump est aussi boudé par l’électorat féminin de son parti. À force se tirer des balles dans le pied, Trump risque de se voir contraint de renoncer à mener sa campagne à terme. Mais il risque bien davantage : convaincu d’être un menteur, traître aux valeurs républicaines, sa sécurité est fragilisée. Seth Lipsky, du New York Post, laisse penser qu’un démocrate pourrait l’assassiner. Ce pourrait-être tout autant, à présent, un électeur républicain. Yitzhak Rabin, l’ex-Premier ministre israélien, fut assassiné, car désigné traître à la nation. La presse américaine le rappelle à la suite des propos de Trump sur Clinton. Être convaincu de mensonge, aux États-Unis, n’est jamais anodin. Passer pour un fieffé menteur et briguer un poste électoral expose encore au goudron et aux plumes médiatiques. Si ce n’est pire. #Etats-Unis