Forte parole, vaste programme, et selon la lapalissade d’Alphonse Allais, « passé les bornes, il n’y a plus de limites ». Maintes fois, l’appareil républicain a incité Trump à mettre de l’eau dans son vin, à ne plus enchaîner provocations et démentis. En vain. Dernièrement, son directeur de campagne, Paul Manafort, ayant été impliqué dans une affaire de pots de vin avec l’ex-dictateur pro-russe ukrainien, on s’attendait à ce qu’il le remplace. C’est fait, même si Manafort reste dans l’équipage. Marginalisé, mais non pas au profit de conseillers plaidant modération et respectabilité, bien au contraire. Car une barrique de Trump, plus un pichet de Kellyanne Conway et surtout un cubi de Steve Bannon, bonjour les dégâts, voire l’avalanche, le tsunami.

Non, Trump ne changera pas !

Trump a emporté les primaires en suivant son instinct, en flattant une partie de l’électorat proche du mouvement Tea Party de Sarah Palin, en montant toujours plus d’un cran le politiquement incorrect. Il reste persuadé que cela reste la seule voie pour emporter la nomination. Or, il a fait le plein de cet électorat qui ne peut suffire à lui ouvrir la Maison Blanche. Qu’à cela ne tienne, il persiste, signe, et perseverare placent, à sa guise, devient sa devise.

Kellyanne Conwey est une statisticienne électorale désormais chargée de trouver les thèmes adaptés à la base électorale étriquée de Trump. C’est comme si ce dernier ne visait plus la présidence, mais de prendre la tête d’un futur parti, tel un Nigel Farage (Ukip, britannique).

Car Steve Bannon est un mordu de Trump, ayant prouvé qu’il pouvait aller encore plus loin que le candidat. Il dirige le site ultra-conservateur Breitbart News (dont la devise signifie « le blaireau vous emmerde », ou « l’imprécateur se fout de tout ») et anime une émission radiophonique. L’agence Bloomberg l’avait qualifié de « plus dangereux intervenant politique d’Amérique ». Serait-ce une litote ? Il peut viser plus haut, plus international. En fait, pour qui considère Fox News timoré, trop policé (eh oui, il en est !), Bannon est la référence. En interne, chez Breitbart, il passe pour un furieux harceleur, un fouettard de galère, un gros bras adepte du style rixe urbaine, qui a transformé le site en une Pravda toute dévouée à Trump (et auparavant à Sarah Palin, la Morano de la politique américaine, en plus comique).

Trump connaît les deux compères de longue date : « ce sont des gagnants, des champions ». Tout ce qui se dit sur Trump, chez Breitbart, est visé par Bannon.

Les deux font la paire

« Je suis ce que je suis. C’est moi. Je ne veux pas changer (…) ce serait malhonnête », a-t-il déclaré hier à une radio du Wisconsin. En fait, il en est vraisemblablement incapable. Bannon et lui sont larrons en foire. L’idée de vendre des T-shirts Breitbart Border Wall Construction Co. (en référence au mur frontalier que Trump veut faire financer par le Mexique) est de Bannon. Sa politique éditoriale fut illustrée par des enquêtes sur « les victimes secrètes des abus sexuels de Clinton » et les turpitudes des démocrates comme des républicains (il s’en est pris aussi à la famille Bush et à ses financements étrangers). Bref, le thème de la République des « copains et coquins » est l’un de ses leitmotivs.

À la suite de Vanity Fair, la presse américaine se demande si l’ambition de Trump, en cas de défaite, ne serait pas de devenir patron de presse et chef de file d’un mouvement populiste agressif durable.

La presse étasunienne décrit Trump et Bannon comme des frères jumeaux, ou des clones. Politico résume : « les deux font la paire ». Un ancien de Breitbart considère que Bannon « c’est Trump – mais en plus intelligent (…), il dira à Trump qu’il l’emportera même s’il est en train de perdre du moment que Trump peut continuer à lui rapporter quelque chose ». #Donald Trump #Élections #Etats-Unis