Le Premier ministre turc a donné des chiffres des récentes mises en détention et arrestations. Le total ne se monterait qu’à près de 40 000, bilan auquel il faut ajouter près de 80 000 mises à pied de fonctionnaires, plus 5 000 révocations définitives. Plus de 4 000 « institutions » ont changé de mains (universités, écoles, hôpitaux, médias, syndicats). C’était mercredi soir, mais Binali Yildirim est en retard d’un train car le chiffre enfle chaque jour.

Ce jeudi, à l’aube, une centaine de perquisitions ont été menées dans des entreprises privées et 187 personnes, femmes et hommes d’affaires ou dirigeants, ont été cueillis au saut du lit. Toutes et tous sont affiliés à la fédération patronale Tükson, considérée proche du Fetö, le mouvement qualifié de terroriste dirigé par Fethullah Gülen. Il se trouve que le second du « patron des patrons » de cette fédération n’est autre qu’Ömer Kavurmaci, le propre gendre du maire d’Istanbul, Kadir Topbas. Les frères Güllü, dirigeants de la plus célèbre marque de baklava, représentée par des magasins en franchise à Bruxelles, New-York, Athènes, Amsterdam, &c., sont du nombre. La fédération finançait une délégation à Bruxelles, accréditée auprès de la Commission européenne. Ses 18 antennes en #Turquie ont été perquisitionnées.

Tous les mis en garde à vue sont soupçonnés de financement du groupe terroriste Fetö.

Par ailleurs, toujours à Istanbul, dix militants de l’ex-parti DHKP-C, une formation d’extrême-gauche interdite, ont été interpellés à la suite d’une dénonciation. Cette organisation est classée aussi terroriste (elle avait organisé des attentats, notamment contre l’ambassade des États-Unis).

Comptes bloqués, biens confisqués

Hier, il avait été annoncé que le dirigeant d’une compagnie financière, propriétaire d’une cinquantaine de firmes et commerces de détail, ainsi que 97 de ses collaborateurs, avaient été mis sous les verrous. 280 arrestations en deux jours dans le secteur privé, voilà de quoi faire de la place à des proches du pouvoir. Bien évidemment, les biens des accusés et de leurs familles sont confisqués.

Un autre entrepreneur, à la tête d’une société de BTP, et d’autres dirigeants de moindre notoriété, avaient aussi été arrêtés le 16 août dernier.

La presse encore plus ou moins indépendante évoque le risque d’une « chasse aux sorcières » mais bien sûr, les autorités en seraient conscientes et font tout pour vérifier la solidité des dénonciations. Hürriyet a rapporté qu’un ministre avait soulevé le cas d’un recteur d’université dénoncé comme membre du Fetö par un autre universitaire briguant son poste. Pour l’ex-dirigeant d’un parti d’opposition, qui a réussi à soustraire sa fille, une professeure, à la police, plus d’une centaine d’enseignants n’ayant aucune connexion avec le mouvement Gülen ont été perquisitionnés et interrogés. Il s’est produit la même chose dans la magistrature. « Les mises à pied et révocations affectent l’existence même de milliers de gens », conclut Taha Akyol dans Hürriyet Daily News.

L’agence des télécommunications a été fermée et ses fonctions seront désormais assurées par une autre autorité. Erdogan avait ainsi commenté cette mesure : « Nous voulons former un solide système de renseignement » (entendez, d’écoute et interception de courriels). L’agence était suspectée d’avoir infiltrée par des membres du Fetö. Son siège fait l’objet de fouilles pour tenter de prouver que des liaisons par câble et des matériels clandestins s’y trouvaient.

Outre les arrestations connues, il faut compter sur les disparitions, que les personnes soient en fuite ou détenues sans que leurs parents et proches puissent savoir où ils se trouvent. On ne sait trop non plus qui, parmi les membres du corps diplomatique, en cours de restructuration, a préféré prendre le large.

La presse turque a d’autres nouvelles à se mettre sous la dent. Il n’y a plus de jour sans un ou plusieurs attentats attribués au PKK kurde, lesquels s’étendent à présent aux régions frontalières de l’Iran. #purges