Rédigé en anglais et en turc, couvrant plus de 20 mètres en salle des départs de l’aéroport Ataturk d’Istanbul, un panneau met en garde : "Avertissement aux voyageurs : savez-vous que la Suède a le plus haut taux mondial de viols ?". Une publicité pour le quotidien Günes qui titrait : "Suède pays du #Viol". Le record reste détenu par le Lesotho, mais en Suède, les plaintes pour viol ont progressé, depuis 1975, de près de 1 500 %. La définition légale du viol en Suède est aussi très sévère, comme l’affaire Julian Assange, de Wikileaks, l’a révélé. Günes n’a pas détaillé. Une large majorité de violeurs en Suède sont des immigrés de première et seconde génération (85 % des personnes condamnées à plus de deux ans).

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Combien de Turcs ? Ne polémiquons pas, mais rappelons que la Suède soutenait l’entrée de la #Turquie dans l’UE (ce que la Turquie fixe à 2023), contrairement à l’Autriche et d’autres.

 

Une décision de la cour constitutionnelle turque, révisée depuis, avait fait grand bruit en Europe. L’autrichien Kronen Zeitung avait fait état d'un panneau lumineux de l’aéroport de Vienne ayant furtivement affiché que la Turquie autorise les abus sexuels sur les enfants de moins de 15 ans. L’Autriche a donc ouvert les hostilités.

En réalité, le premier arrêt modifiait la loi sur la #Protection des mineurs, un second a alourdi les peines en les différenciant selon que les victimes aient moins ou plus de 12 ans. Il n’empêche que le seuil se situait précédemment à 15 ans, et que le Premier ministre suédois continue de faire part de sa "préoccupation".

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L'Occident accusé

Plus inquiétant : la presse pro-gouvernementale turque, ultra-majoritaire depuis les purges qui s’amplifient (la romancière Asli Erdogan a été arrêtée hier), gonfle toute déclaration officielle impliquant l’Occident dans le coup d’État militaire du 15 Juillet. Pour le ministre turc de la Justice, la CIA en saurait davantage sur l’implication de Fethullah Gülen que lui-même ou les autorités turques.

La fédération turque des médias, DISK, a recensé 2 308 cas de journalistes "encartés" ayant été emprisonnés ou privés d’emploi depuis le coup d’État. En y ajoutant pigistes, stagiaires, et chroniqueurs plus ou moins réguliers mais non-salariés permanents, ce chiffre pourrait dépasser les 3 000. Au train où vont les choses, cela aura des répercussions en France. J’avais signalé que le site de Zaman France avait été mis en drapeau par un hacker. Il avait été rétabli hier, aujourd’hui, tout accès fut bloqué par un malware, un fichier Setup3.exe) d’un poids de 4 Mo. Virus destructeur ou logiciel espion ? Je n’ai pas pris le risque.

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Depuis, le site a été purgé. L’hebdo Zaman France compte 12 500 abonnés, le site plus de visiteurs, tous considérés "terroristes". Et il existe des éditions internationales (indépendantes de Zaman France), franchises du quotidien turc interdit, touchant 26 pays. Cela risque de faire près de 260 chômeurs de plus, les directeurs et rédacteurs-en-chef craignant de mettre en danger la sécurité de leurs abonnés et visiteurs s’ils poursuivaient leurs publications.

 

Balayer devant sa porte

La presse turque est restée à peu près indépendante, ainsi Hürriyet (qui ménage largement davantage Erdogan qu’auparavant), ressort des affaires de meurtres visant des homosexuels ou transsexuelles restées non-élucidées. L’association turque Parapluie rouge recense plus de 300 cas. Ou remémore des affaires de viol avérés en réunion n’ayant résulté qu’en des condamnations légères (inférieures à 2 ans, pour le seul père de l’enfant issu du viol). C’est une manière détournée de dire qu’il y a deux poids deux mesures, et que la chasse aux sorcières est sélective en Turquie, alors que nombre de journalistes risquent des peines plus lourdes pour présumé "terrorisme intellectuel". Ce alors que 146 nouveaux mandats d’arrêts viennent d’être lancés contre des universitaires, dont 62 contre des professeurs de l’université d’Istanbul. Près de 80 sont en garde à vue, les autres recherchés.