Alors que depuis huit jours, la violence qui s’abat sur #Alep a fait plus de 377 morts selon le Centre syrien de documentation des violations, et que la communauté internationale semble plus immobile que jamais, un mot est sur toutes les lèvres : apocalypse.

La paralysie coupable d’un système obsolète : jeudi dernier, l’armée du régime de Damas a rompu le cessez-le-feu. Depuis, des bombardements d’une intensité sans précédent se succèdent à Alep-est, zone contrôlée par l’opposition. Hier, Alep, c’était 3 millions d’habitants et le coeur économique du pays. Aujourd’hui, la ville est scindée en deux. Les quartiers rebelles à l’Est abritent désormais moins de 300 000 personnes. “Mettre fin au cauchemar”, supplie Ban Ki-Moon. A l’ONU, le ton monte malgré le mutisme. Suffisamment pour couvrir le bruit des bombes ? Le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence à la demande des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France. Sans surprise, #Moscou est pointé du doigt, selon les mots de l'ambassadrice américaine, abusant de “son privilège historique” et coupable de “barbarie." Pour Rycroft, l'ambassadeur britannique, la Cour Pénale Internationale doit être saisie pour condamner les “crimes de guerre” dénoncés par Paris. Leur homologue russe, Tchourkine, reste sur sa ligne de défense : la Russie lutte contre le terrorisme, tant que l’opposition modérée ne sera séparée des groupes extrémistes comme Fatah Al-Sham. Il qualifie la paix d’“impossible." Et Assad de persister à refuser tout dialogue. Si Damas aidé par Moscou et Téhéran remporte cette bataille décisive, rien ne pourra plus sortir le monde de cette impasse.

À Alep, le poids meurtrier de l’impuissance

Ce quasi-immobilisme dans les faits des puissances occidentales et du “gardien de la paix” laisse libre champ à la prolifération d’acteurs non-étatiques. Alep est devenue le tragique théâtre d’une guerre où le but est d’anéantir. De détruire toutes les infrastructures civiles pour rendre la vie impossible. Par l’utilisation d’armes chimiques, la violation de cessez-le-feu, le bombardement de convois humanitaires… Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Plus un immeuble debout, plus un lampadaire, plus un souffle d’espoir ou un rire d’enfant. Selon l’OSDH, plus de 3000 mercenaires russes ont été déployés dans le sud-est d’Alep, à al-Safira. Les quartiers rebelles sont privés d’eau et d’électricité depuis samedi, ajoutant à la crise humanitaire et politique, une crise sanitaire. Alors que depuis plus de deux mois, les quelques 250 000 habitants n’ont reçu aucune aide humanitaire faute de répit suffisant, la société civile s’organise, se réinvente. Les écoles, les hôpitaux sont établis en souterrain mais reste la cible des inlassables tirs du régime. Les “Casques blancs”, ces anciens professeurs, boulangers, tailleurs, agissent à chaque bombardement en premiers sauveteurs. Leur motto, “sauver une vie, c’est sauver l’humanité” et les quelques 60 000 pers secourues leur ont valu d’être nominés pour le Prix Nobel de la Paix 2016.  

Ce que l’Histoire retiendra

Cinq ans après le début de ce qui restera comme l’une des illustrations les plus évocatrices de l’échec de la diplomatie mondiale, la situation s’est lourdement envenimée en #Syrie. Au rythme de la gradation dans l’horreur, le langage évolue et avec lui le regard impuissant des observateurs. Des mots jusqu’alors condamnés au silence ressurgissent, tristes témoins d’une époque que l’on croyait révolue. Ainsi, dans le communiqué du 25 septembre, le conseil du gouvernorat libre d’Alep qualifiait d’“Holocauste” la situation en cours dans la ville. Quant aux russes, ils sont accusés de pratiquer la “politique de la terre brûlée." Comme un terrible refrain qu’on avait prié ne plus entendre, l’Histoire se reproduit, encore. Et elle mettra au banc des accusés les passifs, les “collabos”, ceux qui, par peur de s’engager, ont préféré s’abstenir et sont devenus malgré eux les coupables de cette atrocité sans nom qui se déroule là-bas, loin des yeux.