D’abord, ce fut le refus d’un face à face. Donald Trump voulait bien débattre à la télévision avec Hillary Clinton, mais il voulait seulement si de petits candidats (libertarian, écologiste) soient de la partie. Puis il a contesté les dates (fixées au niveau national par la commission électorale) : deux des débats prévus allaient se tenir lors de rencontres cruciales de football américain. Puis il a finalement argué que certains journalistes, arbitres (ou modérateurs) des temps de parole, ne lui conviendraient pas, et qu’il opposerait un veto. Ces journalistes, de NBC, ABC, CNN et Fox News ont été désignés par leurs chaînes. Quatre débats s’échelonnant du 26 Septembre au 19 Octobre (l’élection étant fixée le 12 Novembre). Deux hommes, deux femmes, dont un homosexuel, un afro-américain, et pour le débat entre les vice-présidents, une femme d’origines asiatiques (du site CBSN). Même de ce côté de l’Atlantique, on peut comprendre l’enjeu. Que, par exemple, Marine Le Pen refuse de se confronter à Mélenchon pourrait passer : elle ne voudrait débattre qu’avec les candidats issus des primaires de la droite et de la gauche gouvernementale, soit. Mais que comment l’opinion recevrait-elle le refus de l’un de ces deux derniers de se confronter à Marine Le Pen ?

 

Peut-il se défiler ?

Les quatre journalistes ont déjà eu des entretiens publics avec Trump et même Chris Wallace (Fox News) lui a opposé des graphiques portant sur les bourses aux étudiants, le budget, la sécurité sociale, contredisant les chiffres du "Donald". À quelques exceptions près, la presse est vent debout contre Trump. L’une des dernières tribunes du Washington Post est due à Garrison Keillor, auteur, ami du très regretté Studs Terkel, l’un des plus fameux reporters depuis Jack London ou Albert Londres, que j’admirais sans restriction. "Que Dieu nous vienne en aide, titre-t-il, tous [les ex-présidents] lisaient des livres (…) Quand j’imagine la bibliothèque présidentielle de Trump, je vois d’énormes chandeliers, une moquette dorée, un millier de bandits-manchotsJamais nous n’avons élu un président se vantant de ne pas lire des livres". Pourtant, Trump rattrape son retard sur Hillary Clinton dans les sondages. Mais sa participation à une messe afro-américaine n’a pas convaincu et la dernière gaffe de sa campagne a consisté à faire poser son fils Donald Jr, entre deux jeunes ultra-propres sur eux, "bécébeiges" en diable, style Manif pour tous issus de Neuilly-Auteuil-Passy, vanter le candidat des "laissés pour compte". C’est comme produire Marion Maréchal-Le Pen en Dior ou YSL tâtant le cul des vaches ou gravissant les escaliers d’un HLM. Le clan Trump ne doute de rien.

 

Familles républicaines divisées

Par ailleurs, les candidats républicains à des sièges ou postes de gouverneurs se distancient de leur candidat officiel à la présidence. Certains annoncent qu’ils s’abstiendront ou voteront contre lui. Mais Trump conserve ses chances car Hillary Clinton souffre d’une impopularité tout aussi dévastatrice. Selon la politique française Marie-Cécile Naves (Trump, l’onde de choc), elle est perçue affairiste "guindée et méprisante". Mais plus Trump s’exprime, moins elle intervient, davantage pourrait-elle recreuser l’écart. Le seul résultat prévisible de cette élection, c’est que le nombre de divorces va exploser. Les familles sont profondément divisées dans l’électorat républicain. Et si lors d’un débat, Trump s’égare sur la famille Clinton, les vendeurs de téléviseurs pourront se frotter les mains. Car les couples en venant aux mains pourraient endommager les "étranges lucarnes". Et puis, l'idée de donner un secrétariat d'État à son gendre, Jared Kushner, ou de promouvoir ses chums du New-Jersey, fait désordre. Les déshérités, les démunis, risquent d'ouvrir les yeux. C'est aussi ce qui pend au nez de Marine Le Pen, qui ne tarit pas d'éloges à l'égard du Donald. Qu'on l'admette ou non, l'élection étasunienne aura des répercussions en Europe. #Donald Trump #Élections #Etats-Unis