Je comprends mal pourquoi la presse française – Figaro exclu qui utilise « déplorable » – a repris la traduction de deplorable (eng) par « pitoyable ». L’un des synonymes de deplorable est despicable, soit « méprisable ». La première dépêche fut reprise, et on sait que l’attention des journalistes, très sollicitée, décline le soir tombé, même au secrétariat de rédaction qui prend son service plus tard (et se compose de plus en plus de débutants, voire de stagiaires). Mais si on saisit mieux la déclaration d’Hillary Clinton, qui a qualifié les soutiens de #Donald Trump de lamentables, avant d’enfoncer le clou (« indécrottables », irredeemable, ou irrédemptibles), on comprend davantage sa prompte rétractation. Foin de lexicologie comparative. Si vous ne vous en doutiez pas déjà, attendez-vous à savoir qu’#Hillary Clinton ne pense pas vraiment ce qu’elle déclare – soit que la moitié de l’électorat de Donald Trump soit constitué d’abrutis ras du front ; elle est trop au fait des analyses portant sur les mouvements populistes européens ou le Tea Party pour cela – mais qu’elle s’est inspirée de la méthode Trump, qui fonctionne. Soit, un pas en avant, un pas en arrière, et le fameux « j’vous dis ça, j’vous ai rien dit ».

Chauffer la salle

Le contexte : Hillary Clinton s’exprimait à New York (pas à Dogpatch, pas celui de San Francisco, celui de la BD d’Al Capp Li’l Abner, bled de bouseux). Pas devant les Yokum (la famille de Li’l Abner), mais devant un panel de soutiens #LGBT (gouines-gays-bis-trans, LGBT) honoré de la présence de Barbra Streisand (une chanteuse et actrice du siècle antérieur). Elle a chauffé la salle. Les méprisables ou pitoyables sont « racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. À vous de choisir. ». C’était vendredi outre-Atlantique et le lendemain elle exprime ses regrets… en demi-teintes. « Ce qui est vraiment ‘lamentable’ », c’est que Trump s’entoure de gens peu recommandables et que des « suprématistes blancs le voient tel le champion de leurs valeurs ». Elle a aussi renouvelé sa sympathie à l’égard de l’autre moitié de l’électorat Trump, qui se sent abandonné par les autorités, les évolutions économiques, et feraient « n’importe quoi [ndlr. élire Trump] pour que cela change ». Suivez l’évolution du discours Mélenchon-Valls-Hollande-consorts sur le Front national, et le « faites-moi confiance » (de Le Pen-Trump), il y a des similitudes. Le porte-parole d’Hillary Clinton a insisté : non, elle en parlait pas de l’électorat de Trump, juste des excités participant à ses réunions publiques. Elle avait aussi situé : c’était une estimation à la louche, une généralisation approximative. Un, tu chauffes la salle, deux, tu rattrapes le coup, mais au moins, on parlera de toi autant – ou presque – que de Taylor Swift ou des Kardashian.

Autodestructeur ?

Pour Tim Mark et Nancy A. Youssef, dans The Daily Beast, ni Clinton, ni Trump, ne sont convaincants sur la sécurité nationale. Clinton reste vague. Trump, qui fait l’éloge de Poutine, récidive le lendemain, embraye en arrière le surlendemain, accuse Clinton d’avoir « la gâchette facile » mais promet de mettre au pas la Corée du Nord, l’Iran, les alliés de l’Otan, &c., d’un seul hochement du menton, n’est crédible que pour ses partisans. Bref, ils « autodétruisent leur crédibilité ». Bah, on ne les croit qu’à demi… Trump a répliqué « ses vrais sentiments ont émergé », elle haït « des millions d’Américains (…) qui travaillent dur, fermiers, mineurs, enseignants, anciens combattants, membres des forces de l’ordre ». Et le personnel médical ? Le plombier… mexicain ? Le pompier du 11 septembre 2011 ? Tout, dans cette campagne, est autodestructeur… et constructeur. Hillary Clinton a choisi de paraître moins mièvre, de ne pas donner l’impression de ménager tout le monde, ce qui lui faisait défaut. Ensuite, elle dira aux lamentables qu’elle les a compris. Du Trump pur jus qui est parvenu à créer un comité « Latinos for Trump ». Bientôt « xénophobes modérés pour Clinton » ?