La violente tentative de prise de la ville d'#Alep amorcée cet été est d'une importance clef, en termes de stratégie militaire et politique. Alep est la deuxième grande ville du pays. C'est à partir de 2012 que les rebelles y entrent. Plusieurs batailles se sont alors succédées, entre offensives et contre-offensives, ne laissant pas émerger de vainqueur. La ville se transforme vite en véritable champ de bataille urbain. Rues après rues, les belligérants avancent au milieu des derniers civils qui sont restés.

Eté 2016 : la bataille d’Alep prend un nouveau tournant

Davantage organisée et mieux conseillée, c'est le moment pour l'armée syrienne de lancer une offensive d'envergure avec l'appui de la #Russie. La stratégie choisie consiste à encercler chaque zone contrôlée par les rebelles afin de les asphyxier et d'annihiler toute forme de résistance.

A Alep, cela se traduit d'abord par la prise de la route Castello qui est la dernière grande route d'approvisionnement de la ville. Elle était utilisée par les rebelles pour faire venir renforts humains et matériels. Les différents assauts pour repousser les forces syriennes se heurtent à l'aviation russe. Le camp Assad-Poutine prend clairement le dessus.

Deuxième étape du plan pour la reprise d'Alep : raser la zone à coup de bombes pour qu'il n'en reste plus rien. C'est ainsi que les infrastructures d'eau, d'électricité, et les hôpitaux, seront touchés, pendant que les ravitaillements sont bloqués.

En août, les rebelles positionnés à l'extérieur d'Alep rassemblent leurs forces et réussissent à percer le mur loyaliste. Ils ouvrent une route et permettent aux approvisionnement et renforts de rejoindre la ville assiégée. Cependant la Turquie, qui a un autre agenda, appelle 5000 combattants à opérer à la frontière turco-syrienne dans le cadre de l'opération "Bouclier de l'Euphrate". L'armée syrienne, qui a le champ libre, ne met pas longtemps à fermer le passage clandestin et en profite pour reprendre la banlieue de Ramoussa.

Actuellement, le camp Assad prépare une offensive terrestre à l'est d'Alep après avoir effectué sa campagne de bombardements massifs ces derniers jours.

Quelle est l'enjeu de la bataille d'Alep dans la guerre syrienne ?

Gagner la bataille d'Alep ne signifie certainement pas gagner la guerre. Néanmoins, Alep est une ville stratégique, et sa prise par l'un des deux camps déterminera lequel a l'ascendant sur l'autre. Prendre le contrôle de la deuxième métropole du pays donne évidemment plus de poids pour négocier un cessez-le-feu ou tout autre accord diplomatique.

Si l'armée syrienne remporte cette bataille, Assad aura acquis une victoire symbolique d'un point de vue politique (au niveau national comme international), et d'un point de vue militaire. Un échec de cette ampleur pour les factions rebelles pourrait les diviser davantage, en plus de porter un coup sur le moral des troupes. Sans compter que le camps loyaliste, débarrassé du bourbier d'Alep, pourra se redéployer efficacement sur les autres fronts (Hama, Idlib, etc).

En revanche, si les rebelles prennent la main sur la ville, Assad risquerait de perdre ses soutiens. Iraniens, Irakiens, combattants du Hezbollah et Russes, fatigués de mourir pour une guerre qui n'est pas la leur, pourraient abandonner l’armée syrienne à son sort. Aujourd'hui, ces précieux alliés représentent plus de la moitié des effectifs du camp loyaliste. Lequel serait alors condamné à une défaite certaine.

Tout porte à croire que cette guerre durera encore des années avant qu'une issue soit envisageable. Il est certain qu'aucun des belligérants ne pourra reconquérir entièrement le territoire national. C'est pourquoi, chacun des partis tentent de remporter le maximum de victoires militaires, afin de peser à la table d'éventuelles négociations. L’option de la partition de la #Syrie est d’ailleurs de plus en plus plausible ; et celui qui contrôlera un maximum d'espace sera alors avantagé dans un plan de partage du pays.