Ce n’est pas tout à fait nouveau. Dès le printemps dernier, le gouvernement hongrois avait annoncé un référendum sur l’accueil des migrants. Et pour préparer l’opinion, le très officiel site dédié à la question des quotas d’accueil des immigrants dans l’Union européenne dénonçait : « un immigrant arrive toutes les 12 secondes sur le continent ». Une carte pointait sept « no-go » zones, soit des secteurs de non droit, décrits interdits d’accès par les migrants (entendez musulmans) aux populations autochtones de Marseille, Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, Copenhague et Stockholm. Il était déjà indiqué que ces zones étaient plus de 900, dont 751 en France, en région parisienne, à et autour de Marseille. Mais les logos apposés sur la carte de l’Europe détaillent moins les localités concernées, et surtout, le site n’était visité que par qui le voulait.

Huit millions de livrets distribués

Mais la date du référendum approchant (ce sera le 2 octobre prochain), le gouvernement de #Viktor Orban souhaite sensibiliser encore davantage l’électorat. Ce afin d’obtenir un non massif à la perspective de voir la #Hongrie s’ouvrir à 1 300 migrants. Des livrets de 18 pages reprenant et développant l’argumentaire ont donc été postés à destination de chaque foyer et largement distribués. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto a soutenu devant les caméras de la BBC que cette propagande était fondée sur des rapports officiels des autorités des pays concernés et de la consultation de la presse. Les ambassades et consulats hongrois des agglomérations concernées auraient confirmé la validité de l’analyse après un examen « très attentif ».

Le « grand remplacement », doctrine officielle

« On risque d’ici quelques dizaines d’années de ne plus reconnaître l’Europe telle qu’on la connaissait » : vérité de La Palice, car, déjà, voici un demi-siècle, l’Europe n’avait pas du tout son apparence actuelle et on peut raisonnablement augurer qu’elle se transformera d’ici 2066. Si Buda reste à peu près dans son jus du siècle dernier, Pest, sur l’autre rive du Danube, se modifie. Cette phrase s’assortit de considérations sur des « changements considérables (…) sur le plan ethnique, culturel et religieux ». Ce que l’Armée rouge n’avait pas réussi, les hordes musulmanes y parviendront et opéreront un grand remplacement, laisse entendre le gouvernement hongrois. Selon divers sondages, près des deux-tiers des Hongrois vont se déclarer contre le quota prévu pour la Hongrie par la majorité des ministres de l’Intérieur des pays de l’U.E. Vicktor Orban est conforté par les réactions similaires de ses homologues de Pologne et Serbie, pays frontaliers, et de Croatie. D’autres supports, comme des affiches, sont employés pour faire valoir des menaces imminentes. Une affiche proclame que « près d’un million de migrants veulent venir en Europe à partir de la seule Libye ». Entre la conception du site et celle du livret, l'insistance sur les zones de non droit s'est accrue. L’opinion a été préparée dès mai 2015 avec la diffusion d’un questionnaire dont une entrée énonçait « êtes-vous d’accord avec le fait que les migrants menacent l’existence et l’emploi des Hongrois ? ».

Immigration choisie

Le paradoxe, c’est que, tout comme sa voisine roumaine, la Hongrie manque de main d’œuvre et que la raison principale en est l’émigration des Hongrois, en conjonction avec un taux de fécondité ayant fortement décliné. Depuis 2008, les départs vers l’Europe de l’Ouest se sont chiffrés à plus de 400 000, et le pays compte désormais moins de 10 millions d’habitants (depuis 2010). Mais les Hongrois de Roumanie restent peu attirés par leur pays d’origine, majoritairement catholique et protestant, et que les immigrants potentiels seraient surtout des orthodoxes, d’Ukraine par exemple. Il n'est pas sûr que les Parisiens veuillent fuir en masse leur zone de non droit pour aller se réfugier en Hongrie. La diffusion du livret a provoqué une protestation officielle du seul Royaume-Uni. #Immigration