Pour dʼévidentes raisons historiques,#extrême droite a longtemps été groupusculaire en #Allemagne, et le pays semblait imperméable à une grande formation nationale-populiste intégrée au jeu politique semblable à celle qui existe chez son voisin autrichien. Mais la nature politique, elle aussi, a horreur du vide : lʼespace vacant entre la droite conservatrice et les néonazis du NPD est en passe dʼêtre comblé par lʼAfD, qui vole de succès en succès à chaque scrutin régional.

UN CONTEXTE FAVORABLE

La crise des réfugiés, conjuguée aux dramatiques « événements de Cologne » de la nuit du Nouvel An 2015-2016, a changé le visage de lʼAllemagne.

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Le pays est en effet en première ligne pour lʼaccueil des migrants : plus dʼun million de réfugiés ont gagné lʼAllemagne entre 2015 et 2016, dans ce qui constitue la plus grave crise migratoire quʼa connue lʼEurope depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Cet afflux sans précédent a exacerbé les tensions démographiques et identitaires, et nourri la radicalisation dʼune opinion inquiète dʼun « grand remplacement ». Le ministère de lʼIntérieur, ainsi que lʼadministration chargée des migrations, le BafM, sʼavouent incapables de connaître le nombre exact de migrants qui ont traversé illégalement la frontière allemande dans le chaos de lʼautomne 2015. LʼAllemagne était déjà travaillée par la question islamique qui sʼest imposée dans lʼopinion publique et le champ politique dès le début des années 2010, comme lʼa illustré le succès du livre de Thilo Sarrazin, membre du parti social-démocrate (SPD), « lʼAllemagne disparaît ».

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Ce #populisme inédit en Allemagne sʼest incarné dans une myriade de groupuscules, de mouvements populaires, dʼassociations, sans toutefois parvenir à se traduire électoralement, jusquʼà la montée en puissance de lʼAfD.

 

DES SUCCÈS INÉDITS

Créée en 2013 pour combattre lʼeuro, lʼAfD sʼest radicalisée sur un créneau nationaliste et anti-Islam depuis la nomination de Frauke Petry à sa tête en août 2015. Le parti sʼest implanté en un temps record sur lʼensemble du territoire, agrégeant dʼanciens leaders du NPD mais aussi des membres issus de toutes les formations du pays. Avec le mouvement PEGIDA (Patriotes européens contre lʼislamisation de lʼOccident), lancé à Dresde en octobre 2014, auquel le lie une grande proximité intellectuelle, lʼAfD incarne désormais un populisme à lʼallemande, inédit depuis 1946. Les élections régionales partielles organisées dans les Länder du Bade-Wurtemberg, de Rhénanie Palatinat et de Saxe-Anhalt le 13 mars 2016, et dans le Mecklembourg le 4 septembre ont constitué un coup de semonce.

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Près de quinze millions dʼélecteurs ont en effet réservé un véritable triomphe à lʼAfD et infligé une défaite sans précédent à la fois à la CDU et au SPD. En Saxe-Anhalt notamment, le parti se hisse à la seconde place avec 24,21% des suffrages, reléguant le NPD à de la figuration. Ce Land avait déjà connu une percée des nationalistes en 1998 lorsque la DVU néonazie avait arraché 12,9% des suffrages. Même scénario dans le Mecklembourg- Poméranie occidentale : avec 20,77%, lʼAfD devance la CDU de trois points dans le fief dʼAngela Merkel. La tendance se généralise à lʼensemble des Länder de lʼEst, où le NPD et la gauche radicale sʼeffondrent devant la poussée de lʼAfD, qui sʼimpose comme un parti incontournable de la vie politique allemande.