Minute après minute, j’ai suivi le débat Trump-Clinton. Bravo aux traducteurs en simultané de Fance 24 (exercice difficile auquel j'ai renoncé). Premier round sur l'emploi. Trump a dénoncé « les intérêts cachés des entreprises délocalisant », allusion directe à Ford qui ouvre une usine au Mexique mais n’en ferme pas aux États-Unis. Inutile d’entrer dans les détails des sujets (ou de lister ceux que le modérateur, Lester Holt, ou les candidats n’ont pas évoqué). Hillary Clinton s’était longuement préparée, les improvisations de #Donald Trump ont souvent fait flop… Oui, mais les débats suivants convaincront ou non les indécis.

Micro défectueux

Trump a senti qu’il avait fléchi.

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En salle de presse, il se demandait si c’était intentionnellement ou non qu’il avait été doté d’« un micro défectueux ».  Puis il faisait savoir que s’il n’avait pas évoqué les maîtresses de Bill Clinton, c’était par égard à la présence de sa fille, Chelsea, dans la salle. Qu’il aurait pu aussi dénoncer l’hypocrisie du féminisme d’une Hillary Clinton qui accepte des dons provenant de pays qui lapident des femmes, leur interdisent de conduire, « les traitent comme du bétail ». Rudy Giulani, ex-maire de New York, s’est chargé de relayer le message. Très préparée, Hillary Clinton l’emporte aux points, c’est net, mais qui votera Trump considère qu’en dépit de ses inexactitudes flagrantes, ce tour d’essai révèle que devant une pro, leur junior a tenu. Reste à savoir si Clinton garde en réserve de quoi le mettre au tapis ou lui briser les deux arcades sourcilières.

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La garde de Trump, qui a trop souvent interrompu son adversaire, sa réticence à porter des coups blessants, voire sous la ceinture, a pu décevoir des indécis qui n’en pensent pas moins wait and see.

Candidat respectable

Trump, le newbie (nouvel inscrit, bleusaille) n’a nullement été éreinté, il sort de la rencontre sans œil au beurre noir. Sa détente de gauche ? Il a su asséner à diverses reprises que son adversaire promet à présent ce qu’elle aurait pu, depuis si longtemps, réaliser. Pas de crochet du droit ? Il s’est refusé à humilier une femme… Il reste l’homme du renouveau, elle demeure une femme du passé. Maladroit, et quoi ? Il fait figure de candidat respectable. Ce n’est plus le foldingue, le matamore déjanté, le Tartarin bouffon mais hargneux que les démocrates, une très large partie de l’establishment républicain, conspuent. Que ce soit ou non réaliste, impossible à mettre en œuvre, il a proposé des mesures libérales (moins de charges et de contraintes paralysantes pour les entreprises) et protectrices (mieux préserver le marché intérieur pour réindustrialiser, innover) dont l’efficacité promise est incertaine, mais qui correspondent à ce que beaucoup veulent entendre.

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Clinton lui oppose égalité salariale, meilleures indemnisations des arrêts de travail, aide sociale accrue en imposant plus lourdement les hauts revenus. Du classique. Comme le résume l’éditorial du New York Post : « parfait pour qui a un emploi ; rien pour qui n’en a pas » (ou saute d’un job précaire à un autre). Hillary Clinton a renforcé son principal avantage, celui d’apparaître mieux apte que Trump à l’exercice du pouvoir. Elle a aussi rattrapé son retard, paraissant plus sincère, authentique, que décrite par son adversaire. Mais il faut saisir qu’avant le débat, la plupart des indécis considéraient par avance qu’elle l’emporterait. Elle a confirmé, ce qui ne modifie guère plus les intentions de vote des déterminés, et laisse les hésitants ou les abstentionnistes dans leur jus. Les « lamentables » (selon Clinton, qui n’a pas réitéré l’argument) qui votent Trump voient toujours en lui un espoir. Tant que Clinton ne terrasse pas Trump, le jeu reste ouvert. Ce dernier dit qu’il ne s’agissait que d’un tour de chauffe, qu’il emportera et la revanche et la belle. L’arrivée à la Maison Blanche n’est garantie ni pour l’une, ni pour l’autre. Voyez la une du NY Post, soutien de Trump à la primaire : Trump a été « eu » (done), pas battu. #Etats-Unis