C’est près de 62 % des suffrages que Jeremy Corbin a été réélu à la tête du Parti travailliste britannique. Le Labour, formé en 1900, accéda au pouvoir en 1924, et en 1945, Clement Atlee met en œuvre un programme proche de celui du Conseil national de la Résistance français : sécurité sociale, aides diverses aux démunis. La comparaison s’arrête là puisque les travaillistes se prononcent pour l’Otan. Mais, en 1997, Tony Blair incarne la gauche libérale atlantiste. Les conservateurs retrouvent Downing Street et Whitehall en 2007. En 2015, #Jeremy Corbyn devient le chef de file du parti en promettant une « politique anti-austérité ». Aussitôt, la fronde enfle au sein de l’appareil et des élus. Corbyn, c’est Podemos, Syriza, le Front de gauche…

Gauche de la gauche et anti-Brexit

Tout sera tenté par les députés (172 élus le désavouent) et partie de l’appareil travailliste pour déstabiliser Corbyn, le contraindre à la démission. Avec un semi-succès, mais… Alors que les conditions de sa réélection ont été quelque peu biaisées (le montant de la participation des sympathisants – non membres directs ou syndicalistes affiliés – pour voter ayant été relevé de trois à 25 £), il obtient 61,8 % des voix. C’est donc un végétarien, ayant renoncé à l’automobile, divorcé parce que sa femme voulait que leur fils intègre une Grammar School (école privée), remarié avec une Mexicaine, pro palestinien, soutien affiché des musulmans « modérés », pacifiste, et partisan de la réunification de l’Irlande, qui devra rassembler et tenter de prendre la place de Theresa May. Ce sera très difficile, voire impossible, sauf si une partie de l’électorat écossais du SNP (indépendantiste) et des jeunes conservateurs ayant voté contre le Brexit, lui offraient une petite chance de l’emporter de justesse.

Un populisme raisonné

Il est vain de plaquer la répartition électorale française sur celle de la britannique. Certes, l’Ukip est proche du FN (mais le trouve encore trop anti-Juifs pour s’y allier), Les Républicains sont aussi libéraux que les conservateurs, mais un Corbyn, aussi peu charismatique et orateur enflammé qu’une Arlette Laguiller, faisant pour la droite figure d’épouvantail plus terrifiant qu’un Mélenchon en France, peut aussi se montrer aussi pragmatique qu’il paraît rigide en ses convictions. Son prédécesseur, Ed Miliband, l’a félicité et si son adversaire, Owen Smith, ne rejoindra pas le « cabinet fantôme », Hilary Benn, et d’autres s’étant opposé, pourraient le faire. Le chef de file des conservateurs, Patrick McLoughlin, a certes rappelé que les trois-quarts des députés travaillistes se sont opposés à Corbyn, évoqué une scission, mais il y a peu de chances qu’elle se produise. Populiste, mais raisonné, Corbyn se montrera ouvert à des concessions. Notamment lors de l’attribution des investitures pour les prochaines élections générales. L’autre différence d’avec la France, c’est que la plupart des syndicats restent ouvertement fidèles au Labour.

Inéligible ?

Son adversaire, Owen Smith, avait mené campagne sur l’inéligibilité des candidats d’un parti ayant Corbyn pour chef de file, et un appareil de quasi-extrémistes. Mais la réélection de Corbyn laisse entrevoir que les adhésions vont être renforcées (déjà 130 000 nouvelles). C’est aussi le sentiment de célébrités comme JK Rowling. Pour le moment, seul le député Jamie Reed a brisé sa carte du parti. Si Theresa May ne tient pas ses promesses d’œuvrer aussi pour qui se sent « laissé pour compte » et si le Brexit (concrétisé, semble-t-il, en janvier ou février prochain) tourne mal, qui peut dire ? #parti travailliste #Royaume-Uni