Russes et Iraniens soutiennent Bachar al-Assad, Américains et alliés divers épaulent ou combattent (ainsi de la Turquie et des Kurdes) diverses factions parfois antagonistes… Mais John Kerry et SergueÏ Lavrov espèrent forcer les uns et les autres à observer une trêve dès lundi 12 prochain. Cela ne concerne ni le califat de Daesh, ni le Front Fatah al-Sham, mais toute autre partie. Si la cessation des hostilités dure une semaine, militaires russes et américains (et d'autres ou non) entameront une collaboration pour concentrer leurs frappes sur le califat.

Modérés des uns, terroristes des autres

Si les factions observent ce cessez-le-feu, selon S. Lavrov, un centre militaire conjoint sera réuni avec pour objectif de « distinguer les terroristes de l’opposition modérée ». L’ennui est que, pour Bachar al-Assad, toute opposition est terroriste, alors que pour le Pentagone, le Qatar ou l’Arabie saoudite, il subsiste des divergences sur les composantes de l’opposition à soutenir ou tolérer. Quant à la Turquie, c’est simple : les Kurdes, soutenus ou non par les États-Unis, sont tous déjà terroristes ou, pour les Kurdes d’Irak, le seraient en puissance (aux divers sens du terme).

Départager « modérés » et « terroristes » n’ira pas de soi, prendra du temps, même si la trêve se prolongeait. Pour le moment, il n’a pas été question d’assurer dès lundi aux Nations unies, plus ou moins obligées d’en passer par où veut Bachar al-Assad, l’ouverture de couloirs humanitaires vers « les populations qui en ont besoin, y compris celles qui vivent dans les zones assiégées ». La situation est plus que critique à Alep et les deux ministres en ont toutefois convenu.

L’accord a été conclu à Genève vendredi peu avant minuit, après de très longues discussions, interrompues par des consultations entre John Kerry et Washington. Mais elles avaient été préparées pour l’essentiel par des contacts répétés et la rencontre entre Obama et Poutine au sommet du G20, en Chine. Un point reste dans l’ombre : s’agira-t-il vraiment d’un cessez le feu total, estimera-t-on, de part ou d’autre, qu’une escarmouche limitée pourrait marquer une rupture, donnant le feu vert à des mesures de rétorsion mesurées… ou massives ? Une avancée a toutefois été marquée puisqu’une partie de l’état-major du Pentagone ne voulait pas entendre parler d’un quelconque centre de coordination des frappes. C’était une proposition destinée à tenter d’attendre novembre et le résultat des élections américaines, soutenaient des diplomates américains. Les deux ministres ont assuré qu’elle ne représente pas une concession étasunienne à la #Russie. Mais des factions alliées des États-Unis coopèrent, comme à Alep, avec le Jabhat Fatah al-Sham, ex-Front al-Nusra jusqu’à sa scission d’avec Al Qaida, organisation qui menace toujours l’Amérique (et promet de répéter les attaques du 11 septembre 2001 « des milliers de fois »). Le Front Fatah al-Sham fait donc l’unanimité des deux parties contre lui.

Vers une solution politique ?

Il n’est pas impossible que les États-Unis laissent à la Turquie le champ libre pour sonder les intentions de Bachar al-Assad. Les Turcs se sont fortement rapprochés des Russes et la presse turque a fait état d’un possible changement d’attitude de la part d’Erdogan, naguère farouchement opposé au président syrien. Lavrov a estimé que l’accord « crée les conditions nécessaires pour la reprise d’un processus politique ». Le texte de l’accord, consigné en cinq documents distincts, restant confidentiel, on ne peut savoir si la recherche d’une solution politique est mentionnée ou non, ou si un calendrier de rencontres a été fixé. John Kerry n’a pas mentionné le nom du président, mais la dénomination « régime Assad », en souhaitant qu’il puisse « venir à la table des négociations ». Tant bien même un rapprochement s’esquisserait qu’on ne pourrait exclure qu’un groupe, s’estimant lésé, s’en prenne à un voisin considéré la veille plus ou moins du même bord que le sien. #Etats-Unis #Syrie