Discours après discours, Trump claironne qu’il contrôlera à l’extrême les entrées sur le territoire des États-Unis, fera payer au Mexique l’érection d’un mur frontalier, et reconduira aux frontières les – selon lui – 11 millions d’étrangers en situation irrégulière.

Mais tout cela reste bien flou. Après la rencontre, mercredi, avec le président Peña Neto à Mexico, l’incertitude subsiste. Le coût du mur et des capteurs décelant le percement de tunnels, estimé de 15 à 25 millions de dollars n’a pas été évoqué, mais le président Peña a exclu toute participation financière. Donald Trump a tenté de faire oublier ses insultes à l’encontre des Mexicains (tous des violeurs, criminels, &c.) en vantant les qualités de ses nombreux employés aux racines mexicaines : « ils sont formidables », travailleurs, attachés aux valeurs familiales.

Chiffrages fluctuants dans les dires de Trump

Qu’à cela ne tienne, le lendemain, à Phoenix, il soutient que les Mexicains paieront : « ils ne le savent pas encore, mais ils payeront » ce mur « haut et magnifique mur ». Un mur de 3 200 km… Quant à la hauteur, elle varie, selon ses dires successifs, entre 10 et 25 m. Il en estime le coût au tiers de celui des pros du BTP. Un autre de l’Atlantique à l’Oural aussi ? Comment ? Après dénonciation du traité de libre-échange Nafta, par la création de taxes ? Par une imposition accrue des Mexicains autorisés à résider aux USA ? Allez savoir…

Quant aux 11 millions présumés d’immigrés clandestins, ils auront le choix. Soit retourner à l’étranger et tenter de satisfaire le filtre très serré qu’imposera Trump, soit être de suite expulsés, sans espoir de retour. Seront déportés en priorité les détenus et ceux ayant contrevenu aux lois.

Le Washington Post a tenté d’estimer combien seront ces déportés prioritaires. Un peu moins de 700 000 pour les auteurs de délits, jusqu’à deux millions en prenant toute infraction en compte, hors prolongation de séjour illégale. Si ce dépassement est inclus, comme l’a proclamé Trump, le chiffre dépassera 4,5 millions au bas mot pour un total pouvant s’élever à 6,5 millions.

Les déporter impliquera de trouver des recettes pour recruter des accompagnateurs, héberger provisoirement, reconduire aux frontières (mais lesquelles ? Le Canada et le Mexique, ou Puerto Rico, Hawaï, voudront-ils servir de zones de transit, fournir des embarcations, des bouées, pour rejoindre Saint-Pierre, Papeete, la Russie) ?  Aucune précision n’a été donnée sur les effectifs de la « force spéciale » chargée d’organiser cette déportation de masse débutant aux premières heures de la présidence Trump. Mais les fonctionnaires des douanes et de l’immigration « seront triplés ».

Toutes et tous seront pourchassés : « plus d’amnistie », aucun délai (donc, l’Unicef n’aura pas à créer de gigantesques camps de transit pour les mineurs), a proclamé Trump. Même s’il revoit son estimation de 11 millions à la baisse, cela implique un coût colossal.

Faible crédibilité sur les étrangers

Pour le Los Angeles Times, son discours de Phoenix se résume à « croyez-moi, faites-moi confiance ». Trump, qui ne sait plus trop le montant des dettes de ses sociétés (il en a admis la moitié du total recensé), compte-t-il que son plus gros créditeur, la Chine, accordera des prêts aux É.-U., alors qu’il lui promet un relèvement des taxes sur les importations (+45 %) ?

Ériger le mur exigerait sans doute d’employer beaucoup de Mexicains. Reste une inconnue : le coût des expropriations, car les propriétaires voudront faire monter les enchères.

Mais qu'importe. Son discours se résume au travailler plus pour gagner plus dans un pays préservé de la concurrence. Il préconise aussi de faire plonger la valeur du dollar pour dynamiser les exportations (et apurer ses propres dettes, libellées en USD, auprès des banques chinoises et allemandes). Mais ses déclarations intempestives payent : elles dispensent de mener une campagne onéreuse, et les petits dons affluent. Donné perdant, il finira gagnant.  #Donald Trump #Élections #Etats-Unis