Alors que n’importe qui, en Turquie peut se voir accusé de connivence avec le mouvement terroriste Fetö, le lancement d’une nouvelle formation #Politique peut surprendre. Et laisser imaginer que l’AKP d’Erdogan a donné son aval, ou tout au moins quelques assurances.

Un jeune homme, Ibrahim Ünye, 29 ans, ex-étudiant en journalisme au Mexique, surnommé Ibrahim Han, en est le président. Sa page Facebook laisse penser qu’il est issu de la mouvance du Parti d’action nationaliste (MHP), allié au Parti de la mère patrie (ANAP), interdits après le coup d’État de 1980, puis de sa formation dissidente, le Parti de la grande unité et des Foyers d’Alperen (son mouvement de jeunes). Tout comme le MHP, le #Parti ottoman se veut nationaliste, conservateur, et surtout musulman. Plus religieux et encore plus de droite que les Loups gris, qui furent actifs tant dans les républiques turcophones qu’au sein des communautés turques d’Europe (Allemagne, Bénélux, France…) ?

Le nouveau parti musulman a des ambitions internationales

La question se pose. « Rien ne sera plus comme avant (…), nous ratisserons le pays jusqu’au coin le plus reculé et ferons du porte-à-porte », a déclaré le jeune président de l’Osmanli Partisi dont l’emblème rassemble le drapeau turc et un sigle arabe évoquant le coran. Des projets seront mis sur pied « pour les musulmans de #Turquie et dans le monde entier ». Ce au nom de « l’unité turco-musulmane ». Musulmane ou islamique, voire islamiste ? C’est la seconde question…

Former un parti en Turquie est aisé : il suffit de rassembler 30 personnes. Le faire prospérer est autre chose, surtout quand les purges s’étendent : un décret de jeudi dernier met au chômage et de fait interdit d’activité plus de 40 000 membres de la fonction publique. Près des trois-quarts sont liés à l’Éducation nationale (dont 2 346 universitaires de plus) et pas moins de 1 500 relevaient du Diyanet, le ministère des Affaires religieuses. Il faut aussi mentionner près de 8 000 policiers et gendarmes.

Ce jour, plus de 33 000 prisonniers de droit commun ont été amnistiés pour faire de la place dans les prisons…

Limogés, ou licenciés d’entreprises privées, les détenus sont privés de leur passeport, leurs comptes bancaires sont clos, leurs biens confisqués. Ceux en fuite voient des membres de leur famille et belle-famille arrêtés, pour les forcer à se rendre (vu les conditions dans les prisons turques, ne pas céder revient à condamner les parents à la santé fragile). La belle-mère, 64 ans, impotente, d’un auxiliaire civil d’une base aérienne ayant participé au putsch, a été réincarcérée aujourd’hui. L’homme, arrêté puis relâché deux jours plus tard, avait pris de suite le large.

Officiellement, 4 262 entreprises ont été fermées, d’autres sont placées sous le contrôle d’administrateurs judiciaires qui les vendent (voire les cèdent à des personnes désignées).

Le Parti ottoman verse dans l'extrémisme

L’une des déclarations les plus équivoques d’Ibrahim Ünye, rapportée par toute la presse turque, voudrait que « plus personne ne puisse faire n’importe quoi sur le sol musulman ». Or, par « sol musulman », on peut entendre bien autre chose que les seuls pays reconnaissant l’islam dans leur constitution. Tout lieu, contrée, pays où se dresse une mosquée est considérée « terre musulmane ». Son président déclare prier dieu pour sa réussite « partout au monde ».

Le Parti ottoman n’est certes qu’un petit nouveau parmi les 91 partis que compte la Turquie. Micro-parti deviendra grand ? Pas sûr. Mais sa formation révèle une tendance : la montée d’un national-fondamentalisme turco-musulman.

Les Foyers d'Alperen s'étaient élevés contre la Gay Pride d'Istanbul, voulant empêcher la déambulation de gens « moitié nus, des bouteilles d'alcool à la main dans cette ville sacrée abreuvée du sang de nos ancêtres ». Les milices proches de l'AKP ont profité de la chasse aux Gulenistes pour s'en prendre à des femmes estimées indécentes (car bras nus et sans voile).