Bongo a gagné, il prête serment. L’opposition gabonaise représentée par Ping est désemparée et avec elle les intellectuels de l’Afrique centrale qui ne comprennent pas ce qui est en train de se passer devant leurs yeux. Plusieurs facteurs se coagulent pour expliquer leur hébétude : leur incompréhension du système politique en Afrique centrale, même s’ils pensent le connaitre, le rôle de la France qu’ils critiquent à satiété en le considérant uniquement sous l’angle de la Françafrique et enfin on peut noter que la formation des intellectuels africains qui s’est faite en majorité en France, ne leur permet pas toujours de comprendre les subtilités de la théorie du réseau pour expliquer pourquoi l’alternance politique en Afrique centrale ne se fait pas, ou à la marge. Les intellectuels africains sont sous l’emprise de l’hébétude de leur cursus universitaire en français et en France.

 

La démocratie en Afrique est un luxe avait dit Chirac. Il a reçu un tombereau d’injures et malheureusement les faits semblent lui donner raison. La France est moins regardante sur le jeu dit démocratique en Afrique de l’Ouest et agit de manière variable en Afrique centrale en fonction de ses intérêts économiques. Deux poids, deux mesures, diront certains. Ping est tenu de respecter un code de bonne conduite comme l’y invite la France, même si très peu de chefs d’Etat ont félicité Bongo. L’ONU, l’Union Africaine ont pris acte de la décision de la Cour constitutionnelle du #gabon. Le Roi du Maroc et Macky Sall du Sénégal ont reconnu sa victoire. L’opposition emmenée par Ping ne sait pas quoi faire, et pour cause, elle n’est ni programmatique, ni stratégique pour construire un projet de société capable de valider le principe même de l’alternance. C’est au contraire une opposition hétéroclite, narcissique, formée par les barons du régime au temps de la plénitude du pouvoir de Bongo père. Les mêmes intellectuels africains critiquent la France et ont besoin d’elle pour le lobbying politique et pour les aider à reconquérir le pouvoir. C’est vrai de Ping, mais aussi d’une grande partie de l’opposition au Congo-Brazzaville qui a poussé le ridicule en demandant à Monsieur Alliot, député européen Front National, compagnon de Marine Le Pen, de les aider pour plaider leur cause. Ils espéraient ainsi barrer la route à Denis Sassou Nguesso.

 

Pour comprendre ce qu’il se passe en Afrique centrale à propos de la longévité des Chefs d’Etat, la visite de la théorie des réseaux est essentielle. En Sciences politiques comme en Sciences sociales, le réseau vise à la fois des relations interindividuelles, inter-organisationnelles et intra-stratégiques. Au sein du réseau, il y a des trajectoires et des nœuds. Au sein du réseau circulent des biens symboliques et réels (amitié, relation matrimoniale, relation d’affaires). Chaque réseau a sa signification propre. On parle souvent du réseau maçonnique, celui-là explicite ne remplace pas le réseau subjectif et compris par les seuls dirigeants du pouvoir.

 

La décision de Ping de se présenter contre Bongo a fait croire à Ping que son heure était venue. Il a commis une erreur car il n’a pas su travailler le réseau de façon stratégique. Il n’est que la martingale de vengeance des barons du régime qui ont vu en lui le moyen de déstabiliser Bongo pour s’emparer du pouvoir. Le problème est que Bongo a changé le fonctionnement du réseau, ce que les barons du régime n’ont pas perçu avant. Que les intellectuels africains sortent de leur hébétude en réorganisant leur pensée quand ils analysent les rapports politiques en Afrique centrale. #Ali Bongo #Jean Ping