En dépit des démentis du Foreign & Commonwealth Office (FCO), l’enquête du Guardian confirme qu’aucun expert étranger ne sera consulté tout au long des négociations sur le Brexit, qu’elle ou il exerce ou enseigne en Grande Bretagne.

No French, no dogs

Vu lors des années 1960 sur des annonces de location : « pas de chien, pas de Français ». Là, c’est : pas d’experts (en droit européen, relations internationales, économie) non-British admis à connaître l’évolution des orientations de Whitehall lors des négociations sur le Brexit. Et des Écossais et Irlandais du Nord non plus ? L’affaire est partie de la London School of Economics (LSE), qui est un peu à Londres ce que Siences Po et HEC sont à Paris.

Publicité
Publicité

Les étrangers forment près de 15 % du corps académique outre-Manche, nombreux sont aussi les consultants (souvent les mêmes). Le Guardian a recueilli le témoigne d’une Danoise, parmi neuf étrangers qui étaient auparavant consultés par le FCO sur le Brexit. La direction de l’école a aussi été prévenue. Habilement, les diplomates du FCO ont démenti, à la manière du patron, Boris Johnson, se prétendant encore plus européen qu’auparavant, même si beaucoup moins « unioniste ». Si, des consultations se poursuivront, mais il convient de mieux assurer la confidentialité. La LSE a protesté en termes choisis. D’autres s’interrogent sur la légalité de la mesure.

Une autre experte récusée

Paradoxalement, une agence de recrutement œuvrant pour le FCO avait contacté une spécialiste pour un poste auquel elle correspondait.

Publicité

Le ministère n’avait pas bien renseigné ses recruteurs. Elle a perdu son temps en discussions avant que la mesure lui soit signifiée : no aliens. Il s’agit aussi d’une Européenne d’un pays de l’UE. Ce nouvel élément survient après que la ministre de l’Intérieur, Amber Rudd, ait annoncé que les employeurs devront déclarer quelle proportion d’étrangers forme leur personnel. En laissant entendre que, ressortissants de l’UE ou non, la préférence nationale s’imposerait. Y compris aux plus hauts niveaux de la recherche ? Cela frise le ridicule à l’époque de la collaboration internationale en matière de recherche et d’expertise. C’est aussi preposterous (ridicule) quand on se souvient que l’université, Oxbridge en particulier, était un nid d’espions, de taupes britanniques de… l’Union soviétique. Et vu la très forte proportion de Remainers (contre le Brexit) dans l’enseignement supérieur, les groupes de réflexion, les firmes internationales, l’Union européenne n’aura guère de difficulté à trouver des taupes, y compris travaillant pour le #Foreign Office.

Publicité

No, Sir…

Je me souviens, alors étudiant, avoir trouvé un job dans un hôpital écossais. Il m’a fallu me rendre au Home Office, à Londres, prendre un ticket. J’ai pu placer deux phrases et le début d’un troisième, ponctuées chacune de la ferme réplique ‘’No, Sir!’’ d’un fonctionnaire au maintien de sergent-instructeur. ‘’Next !’’. Je suis remonté en Écosse et moins d’une semaine après, je décrochais un boulot d’été à Brème (All.). Il semble qu’au-delà de précautions un tantinet illusoires, le #Royaume-Uni manifeste davantage sa xénophobie qu’il ne se prémunit contre l’espionnage. L’ennui, c’est que l’UE ne pourra accepter ce type d’attitude sans envisager des mesures visant des Britanniques résidant sur le continent. À moins bien sûr de faciliter leur naturalisation (et c’est déjà en cours, notamment en Belgique), cela manquerait de fair play. Mais Angela Merkel devrait faciliter les négociations. Londres réclamait de ne pas verser des aides sociales aux étrangers communautaires avant cinq ans de résidence ? Eh bien, Berlin va prendre les devants, ce qui s’appliquera aussi aux Britanniques d’Allemagne. Nein, Frau Theresa May, soit vous demandez vite l’application de l’art. 50 du traité de Lisbonne, soit le continent prendra les devants.