C’est sans doute involontaire, et très maladroit de la part du directeur du FBI, James Comey, mais son message confus et ampoulé aux membres du Congrès, dont Donald Trump a surexploité la portée, pourrait se retourner contre le candidat républicain. Après avoir exploité triomphalement la nouvelle, proclamé une fois de plus qu’#Hillary Clinton s’est hissée « à un niveau de corruption encore jamais atteint », exhorté son électorat à ne pas « la laisser ramener ses intrigues à la Maison Blanche », et fait monter d’un cran le thème du complot, il en a peut-être beaucoup trop fait. Et il s’en rend compte, ou son équipe a su le ramener (un temps au moins) à la raison. Ce serait le paradoxe total de cette « October Surprise » (un terme qui s’applique à presque toutes les élections américaines). Trump déclare qu’à présent il va surtout parler de couverture médicale, de lutte contre Daesh, de créations d’emplois.  Kellyanne Conway, sa porte-parole, a clairement indiqué ce lundi matin que l’histoire des courriels ne serait pas la « principale pièce centrale » des interventions de son patron. Car l’affaire pourrait faire pschittt et ne vaguement agiter qu’une gonade de la candidate « sans faire bouger l’autre », comme le disait élégamment Jacques Chirac. Car déjà, Newsweek a obtenu certaines informations sur l’enquête : rien de nouveau ne prouve qu’Hillary Clinton soit coupable de quoi que ce soit. Ce serait pour imprimer des courriels qu’elle n’aime pas lire à l’écran que sa très proche assistante, Huma Abedin, aurait consigné des messages sur un ordinateur qu’elle partageait avec son ex-mari. Trump s’est laissé aller à dire que l’affaire était « plus grosse que le Watergate ». D’une part, si rien de dérangeant ne fuite avant le jour de l’élection, l’influence sur les intentions de votre deviendra de plus en plus minimale. Si, au contraire, la presse recueille des confidences comme quoi Hillary Clinton semble totalement hors de cause, que restera-t-il à Trump ? Un assourdissant silence sur l’incident ou, autre porte de sortie, mais risquée, hurler au vaste complot entre l’establishment et la presse. Et quoi d’autre ? Inciter ses « pitoyables » ou « lamentables » partisans (selon les termes de Clinton) à s’armer et à déclencher une guerre civile s’il perdait de peu ou nettement ?

Surpris peu, blasés sans doute

Que le directeur du FBI, que l’on avait dit pressé (ou harcelé) par ses collaborateurs de faire savoir que l’enquête n’était pas tout à fait close, ait sciemment ou non pesé les conséquences, la « surprise », pour les deux adversaires, est à double tranchant. Sans forcément avoir de fortes répercussions. Un Trump roulé dans la farine ne perdra guère des voix déjà acquises, mais s’il s’enferre, des indécis ou des abstentionnistes pourraient quelque peu basculer. Soit en s’abstenant de voter pour lui (côté indécis), soit en votant pour Hillary ou les deux autres candidats indépendants. Trump a fait plonger cette campagne à un niveau d’argumentation déplorable, et très peu reste susceptible de vraiment encore surprendre. L’opinion, hors partisans survoltés, est de plus en plus blasée… La presse s’est aventurée à parler d’un réel retournement, mais elle se fondait sur des supputations gratuites, peut-être influencée par l’assurance d’un Trump évoquant le Watergate qui coula le président Nixon. Elle commence, comme Trump, à embrayer la marche arrière. Cela pourrait être aussi « sérieux » au final que la liaison présumée entre Carla Bruni et Benjamin Bioley dans le dos de Nicolas Sarkozy. Hillary Clinton semble en fait très sûre d’elle-même et ses collaborateurs estiment que les électeurs démocrates qui auraient été tentés par l’abstention vont réagir en sa faveur, estimant qu’elle a subi un coup bas qu’elle n’a aucunement mérité. Voici quelques jours, Trump envisageait sa défaite. Il s'est regonflé avec cette enquête du FBI mais risque fort de déchanter. Clinton pouvait redouter aussi les révélations de #WikiLeaks, elles sont très faibles. #Donald Trump