L’article publié par ProPublica et la radio NPR date de juin 2015. Après les dévastations de l’ouragan Matthew à #Haïti, il vaut d’être repris. 2010, un séisme ravage le pays. Des ONG se ruent sur place. La Croix-Rouge étasunienne lève près d’un demi-milliard de dollars et concentre son action sur le quartier de Campeche qui surplombe Port-au-Prince. C’est le projet Lameke de reconstruction…

Pas une seule à Campeche

En 2015, plus de quatre ans après le déploiement du projet de la Croix-Rouge US, Campeche ne lui doit pas une seule habitation. Le quartier reste un bidonville peu ou pas desservi en eau courante, un cloaque.

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Pourtant la Croix-Rouge US s’est vantée d’avoir relogé pas moins de 130 000 personnes. En réalité, six habitations ont été érigées… ailleurs. Cela ne veut pas dire que rien n’a été fait. Beaucoup a été réalisé pour le personnel de la Croix-Rouge, celui des sous-traitants internationaux ou locaux. Il y eut des retombées, largement moindres pour des Haïtiens : sous forme de chiches rétributions pour le personnel de direction associé, de très petits salaires pour monter des abris temporaires. Voici la répartition réelle d’un programme de 5,4 M$. Selon la Croix-Rouge US, elle n’a pris que 9 % pour son fonctionnement. En fait, oui. Mais 24 % en plus ont été absorbés pour la conception et le suivi du projet, 7 % sont allés à d’autres ONG ou sous-traitants, et 60 % ont servi à retaper des abris provisoires.

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Pour le projet Campeche, son superviseur américain a empoché 140 000 $/an. Le mieux rétribué des ingénieurs haïtiens a perçu 42 000 $/an. Moins du tiers. Bien évidemment, s’ajoutaient les frais induits, très différents pour les expatriés de ceux alloués aux locaux. Quant aux habitants, ils ont reçu des formations « en techniques correctes de construction ». Ou des informations sur la nécessité de se laver fréquemment les mains (avec quelle eau, quels savons ? C’est une autre histoire). Quand la #Croix rouge US alloue 6 M$ à la Croix-Rouge internationale, cette dernière prélève 26 % pour ses propres besoins d’administration. La Red Cross a fini par confier les tâches réelles à d’autres ONG ou à des sous-traitants, mais coordination et supervision des projets, pour la plupart inachevés encore à présent, tant par elle-même que d’autres, ont siphonné une large partie de la manne. Supervision difficile puisque les coordinateurs ne parlaient ni le créole, ni le français pour une très forte majorité d’entre eux.

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Initialement, il était prévu de construire 700 habitations modernes (avec toilettes, douches…) à Campeche. Fin du programme en 2013. En 2015, rien. Hormis une route, du retapage d’abris sans doute depuis détruits par l’ouragan Matthew. Mais la Red Cross est toujours présente sur place. Et va de nouveau solliciter des fonds grâce à l’ouragan.

Des rustines

Dire que rien n’a été fait, qu’il n’y a eu aucune retombée minime pour la population, serait exagéré. Mais les réparations apportées aux écoles, les réverbères solaires installés dans quelques rues, qui fonctionnaient ou non, sont à présent annihilés. Il est possible que les formations données aux enfants pour mieux réagir en cas de catastrophe aient pu servir à quelque chose. La Red Cross a récolté 448 M$. Bien plus que le cumul des fonds obtenus par d’autres ONG qui, elles, ont réalisé un total cumulé de 9 000 habitations contre six. Ont-elles résisté au passage de Matthew ? C’est une autre histoire… Oui, il y eut aussi des programmes de vaccination à la suite de l’épidémie de choléra (importée par des soldats-secouristes népalais). Oui, il y a des actions. La Red Cross s’est, semble-t-il, dotée d’un hélicoptère. Espérons qu’il a pu décoller avant que Matthew ne le cloue au sol. Sur le papier, les projets permettaient de faire de la publicité aux États-Unis. C’était l’essentiel…Pour le moment, plus de 175 000 Haïtiens sont dans des écoles ou des abris de fortune. On comptera jusqu'à un millier de morts. Sans parler de celles, faute d'eau potable, dues au choléra. #Aide internationale