Nous l’indiquions récemment : #Dabiq tombera avant Mossoul ou Raqqa (Rakka). C’est fait. Dabiq a donné son nom à un titre de propagande du califat, car ce devait être la localité qui devait reproduire l’une des plus grandes victoires musulmanes contre les mécréants. Les Roumi (en fait les Byzantins) devront, selon une prophétie, être définitivement vaincus à Dabiq, peu avant la fin du monde. Ce fut aussi la bourgade qui vit, en 1516, la victoire du sultan ottoman sunnite sur un calife d’Égypte. De ce fait, le califat de Daesh a fait de la localité un symbole fort et le site de l’Armageddon (ou Malahim) victorieux de l’islam contre le christianisme a été évacué par les djihadistes qui ont reflué vers la ville d’al-Bab, plus proche d’Alep.  Ils n'auraient laissé que peu de morts ou de blessés, contredisant la propagande voulant qu’ils résistent jusqu’au dernier des derniers.

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De leur côté, l’Armée syrienne libre et la brigade Hamza ont perdu neuf hommes (et 28 ont été blessés). Elles étaient lourdement appuyées par les forces spéciales et l’artillerie turques. Des portraits du sultan Erdogan et des drapeaux turcs ont été apposés dans la ville. On peut se demander si les djihadistes survivants, s’ils seront rejoints à al-Bab par des « frères » d’armes, seront ou non tous exécutés, blessés inclus, comme cela s’est déjà maintes fois produit. En fait, Daesh ne peut plus se le permettre et ne se livrera sans doute qu'à quelques exemples.

Un précaire verrou

Dabiq, située entre Alep et la frontière turque, était estimée beaucoup mieux défendue, car en dépit de sa faible importance (de population), autre que symbolique, elle faisait figure de verrou ou de base de repli lors d’une offensive sur Raqqa.

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L’opération turque Écu de l’Euphrate vise Raqqa en priorité mais avait fait de la prise de Dabiq un préalable. Les rebelles syriens ont aligné près de 2 000 combattants, les forces turques au sol et l’aviation (ainsi que l’aviation coalisée), s’attendaient à une forte résistance de la part de 1 200 djihadistes ayant piégé tout ce qui pouvait l’être. Il semble que la garnison ait été de bien moindre importance où qu’elle ait subi de nombreuses désertions préalables. La presse turque laisse supposer que, contrairement à l’intense propagande du califat, la ville n’ait été que peu défendue, des unités couvrant la retraite du gros des troupes. Mais l’Union Fastaqim, une milice rebelle, a fait état de fortes résistances et d’affrontements « féroces ». Quoi qu’il en soit, c’est un mythe qui s’évapore et les répercussions sur le moral des djihadistes seront grandes. Quelques villages alentours restent aux mains du califat mais il est fort improbable qu’une contre-offensive pour reprendre Dabiq soit envisageable.

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Pour le moment la riposte est limitée à un attentat-suicide ayant provoqué la mort de trois policiers turcs (et causant huit blessés civils, dont quatre d’origine syrienne) dans une localité de la province turque de Gaziantep. Et encore, les deux événements ne sont peut-être pas liés : la police turque avait été informée que les djihadistes visaient un centre culturel alevi (branche du chiisme, mais peu liée à l’iranien) dans la localité. Dès 2006, l’un des fondateurs de l’État islamique reprenait à son compte la prophétie de Mahomet, assurant que seraient consumées « les armées de la croix, à Dabiq ». C’est là qu’un otage américain, Peter Kassig, avait été spectaculairement exécuté, son bourreau affirmant « ici, nous enterrons le premier croisé à Dabiq, attendant que le reste de vos armées arrive ». Ce qui ne s’est produit que depuis les airs, les combats n’ayant confronté, comme par le lointain passé, que des musulmans en très prédominante majorité. Dabiq, le magazine en anglais, a cessé sa publication après son quinzième numéro, l’été dernier. Il promettait en couverture que le califat prendrait Rome et que son drapeau flotterait sur la cité vaticane. Son titre de couverture était « Briser la croix ». #Deash #Syrie