#Jean Ping doit méditer amèrement le concept du réseau en politique. Il doit savoir que dans tout réseau il y a des nœuds périphériques, un nœud central et des trajectoires convergeant vers le nœud de référence. Il a oublié une chose : Bongo est le principal dépositaire du nœud central et lui, Ping, et ses amis appartenant à Héritage et Modernité, ne constituent que des trajectoires et des nœuds périphériques. Il a espéré que la communauté internationale dont la France viendrait à son secours. Malgré les dépositions des députés européens concernant la manipulation des résultats électoraux au #gabon, ce que le Journal du Dimanche n°3638 de ce jour, 2 octobre 2016, en pages 14 et 15 qualifie de Watergate au Gabon (« #Ali Bongo espionnait les émissaires de l’Europe »), on peut noter que rien ne se passe comme dans les règles de l’art en matière d’élections en Afrique, surtout centrale.

 

Jean Ping doit aller aux élections et montrer qu’il est légitime, à défaut d’être légal. On verra si son implantation territoriale à réaliser est une réalité, lui qui s’est contenté de ne pas être un politique, mais un simple technicien de la politique, préférant les nominations par Omar Bongo père, grâce à son diplôme de Docteur en Sciences économiques, mais aussi et surtout grâce à ses liens matrimoniaux, car il est père des enfants de la fille préférée de Omar Bongo, à savoir Pascaline Bongo.

 

Jean Ping est au pied du mur car il doit gérer son opposition hétéroclite, formée par les barons et autres caciques du régime Bongo père, qui conteste le renouvellement des générations et l’autre manière de faire de la politique de Ali Bongo qui privilégie ses propres pairs et un discours techno-stratégico-structurel pour gérer le pays. Au nom de la politique du ventre, théorisée par le sociologue et politiste Jean François Bayart, les membres de l’opposition qui soutiennent Ping sauront-ils lui rester fidèles ou ne vont-ils pas être attirés par les biens symboliques et matériels du réseau politique gabonais  en allant à la soupe ou à la mangeoire ?

 

Les élections en Afrique centrale sont pliées d’avance et donc gagnées par ceux qui les organisent car les modalités des scrutins (comités électoraux indépendants, territoires de vote, nature du scrutin, rôle de la Cour constitutionnelle, etc.) sont largement aux mains des gouvernants ce qui limite les conditions de l’alternance sans les éliminer réellement. L’Afrique centrale regorge de matières premières et minérales et, par rapport aux autres régions d’Afrique, nous sommes dans des cas très particuliers de pays qui gèrent leurs relations spécifiques avec ce que l’on appelle la Françafrique (réseaux spécifiques de relations entre l’Etat français et ses principales colonies). C’est dans ce contexte de la Françafrique et du réseau politique gabonais qu’il faut expliquer la défaite de Ping qui n’a pas su comprendre stratégiquement le fonctionnement de la vie politique « utile » gabonaise.

 

Il ne suffit pas d’avoir un réseau international, comme Ping, pour réussir. La connaissance du réseau interne est indispensable, nous sommes en Afrique centrale dans des modèles d’exercice de démocratie à l’Africaine, même si ce concept a l’heur de ne pas plaire aux intellectuels africains qui font mine de le récuser en public et dont certains sont les adeptes quand ils sont aux affaires. Ainsi va l’Afrique centrale, une région qui regorge de matières premières mais dans laquelle les populations souffrent car elles manquent de tout au plan des systèmes de santé, d’éducation et de marché du travail largement marqué par le chômage, l’exclusion, la marginalisation qui confine à la pauvreté pour certains.

 

Comment sortir d’une démocratie à l’Africaine que certains veulent et que d’autres récusent ? Il reste aux Africains de réfléchir de manière froide sur les non-dits du réseau et du système politique pour espérer bâtir des modèles démocratiques reconnaissables par tous. Le chemin va être très long.