Les bureaux de vote ont fermé leurs portes à 19 h, vendredi soir, mais le dépouillement a été long. Peu d’incidents, si ce n’est mineurs (à une exception de taille près), ont marqué la journée, alors que le Parti de la Justice et de Développement, au pouvoir, en a monté en épingle. Car il soupçonnait son concurrent, plus laïque, proche du Makhzen (donc du roi), de bénéficier d’appuis occultes. Finalement, au cours de la nuit, il a été annoncé que le PJD conserve la majorité (99 sièges), le PAM (Authenticité et modernité) n’en emportant que 80. Les résultats définitifs seront annoncés dans la matinée de ce samedi.

L’Istiqlal au niveau du RNI

Le parti historique Istiqlal obtient 31 sièges, suivi du Rassemblement national des Indépendants (RNI), à 20. Dix autres partis se répartissent le reste, sans compter de petits mouvements (le total monte à 27 formations). Le PJD confirme donc sa victoire de 2011. Et la répartition entre les formations semble se stratifier. La journée a été marquée par la mort d’un militant PJD et de graves blessures du fils d’un responsable de ce parti : ils étaient à bord d’un triporteur, une voiture a pris la fuite, mais il pourrait s’agir d’un accident sans motivation particulière. La campagne avait, elle, été marquée par un scandale car deux responsables de la prédication (mouvement social et religieux) du PJD, chacune et chacun mariés, avaient été trouvés ensemble aux petites heures par la police. Visiblement, cela n’a guère influé, alors que le PJD se montre très rigoriste sur le plan des mœurs. On peut même estimer qu’une islamisation rampante rigidifie, au moins pour la façade, devenue pesante, la société marocaine.

Sauf surprise…

Les résultats définitifs, sauf surprise, ne devraient pas vraiment modifier la donne. La surprise, c’est que cette relative stabilité peut passer pour surprenante puisqu’aucun récent sondage n’a précédé le vote et qu’il était prédit de possibles retournements. Le roi du Maroc avait laissé le PJD prendre de l’ampleur pour contrer les tendances gauchisantes du Mouvement du 20 février 2011. Mais comme ses prérogatives restent très étendues, qu’il nomme des ministres régaliens (mais respecte le résultat pour la nomination du Premier ministre), le PAM restera sans doute influent. Autre surprise qui se vérifiera ou non : le nombre des votes blancs ou nuls de protestation. Cela avait atteint plus du cinquième d’un électorat restreint car les jeunes rechignent à s’inscrire sur les listes électorales (ils sont moins de 10 % du corps électoral). Près de 40 % de la population n’est pas inscrite. En revanche, l’abstention a nettement reculé en dépit du faible taux de participation.

Mohamed VI prédomine

Dans certaines couches de la population, vénérant le roi, la représentation populaire est secondaire. En cas de problème, il faut s’adresser ou tel, de la famille éloignée ou proche, ou savoir se concilier l’autorité (les fonctionnaires). Dans d’autres, puisqu’il en est ainsi, même si la dévotion au souverain est nulle, pourquoi donc voter, si ce n’est blanc ou nul. Mais certaines femmes étaient tentées de se mobiliser. Les députées étaient 67 (sur 395), on constatera ce samedi ce qu’il en sera. Elles sont mieux représentées au niveau local (un cinquième) ou régional (37 %). Une chose est sûre, la gauche, laminée, n’a pas eu droit à un début de résurgence… #Maroc #législatives #Élections