Quinze millions de Marocains étaient appelés aux urnes ce vendredi 7 octobre pour élire leurs députés. Le principal enjeu de ce scrutin était de savoir s'ils allaient reconduire le gouvernement islamiste en poste depuis 2011. Malgré 43 % de participation (6 millions de votants) et un nombre inédit de bulletins blancs et nuls, la majorité des Marocains ont placé le parti de la justice et du développement (PJD) en tête de ce scrutin à un tour. Derrière eux, arrive avec 102 sièges le parti authenticité et modernité (PAM), marqué à gauche et proche du palais. Sauf surprise de taille, le premier ministre marocain, Abdelilah Benkirane, en place depuis le 29 novembre 2011, devrait donc être reconduit puisque la constitution marocaine prévoit dans son article 47 que le roi nomme son Premier ministre "au sein du parti politique arrivé en tête des élections".

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Celui-ci devra cependant s'assurer de solides alliances pour garder le pouvoir lors des cinq années à venir.

Une bipolarisation de la vie politique marocaine

Nouveauté de cette élection, le leadership de deux grands partis qui ont monopolisé les devants de la campagne. D'un côté, le PJD défendant un modèle de stabilité, de probité et de conservatisme sur le plan des mœurs. Malgré son maigre bilan, le parti a réussi à faire élire toutes ses personnalités notamment ses ministres, et a confirmé son implantation dans les grandes villes du pays (Rabat, Casablanca, Marrakech, Tanger, Fès). De l'autre, le PAM, qui a fait campagne sur le thème de l'anti-islamisme, triomphe dans les campagnes et dans les zones du Nord du pays aux particularismes régionaux prononcés, notamment au Rif.

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Ce parti a trouvé le soutien des femmes et des milieux libéraux, modernistes et occidentalisés. Les autres grandes formations politiques sont en recul, notamment les nationalistes-conservateurs de l'Istiqlal (arrivés troisièmes avec 45 députés) ou encore les sociaux-démocrates de l'Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) qui exerçaient le pouvoir au début des années 2000. Les autres partis politiques limitent les pertes, et serviront d'alliés au PJD dans le cadre d'une nouvelle coalition. Dans le cas où le PJD s'allierait de nouveau avec le Rassemblement national des indépendants, au Mouvement populaire et au Parti du progrès et du socialisme, ils obtiendraient une majorité théorique de 201 sièges sur 395.

Une campagne marocaine centrée sur le thème de l'anti-islamisme

Le PAM réalise dans cette élection une véritable percée en doublant son nombre de députés, mais n'atteint pas l'objectif qu'il s'était fixé de «barrer la route aux islamistes». Il a cependant réussi à fédérer tous ceux qui craignent que le Gouvernement réduise les libertés en instaurant un ordre moral ultra-religieux sous l'influence des Frères musulmans.

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L'exercice de la religion est cependant strictement encadré par le roi Mohammed VI qui reste le commandeur des croyants marocains et défend le concept d'un "islam du juste milieu". Néanmoins, les scores du PJD tendent à prouver la défiance de plus en plus grande des classes populaires envers les politiques décidées par le roi. #Maroc #Élections