C’est la province de Guantánamo qui a été la plus touchée à #Cuba. Mais l’épouvantable bilan à Haïti, et les désormais 34 morts (jusqu’à nouvel ordre car la Caroline du Nord reste inondée) des États-Unis mobilisaient en priorité les rédactions, estompant la gravité des dommages à Cuba. Moi-même, alors que la presse cubaine ne fait toujours pas état de décès, que Granma et d’autres titres continuent à privilégier d’autres sujets, mes allusions à Cuba furent épisodiques, rares, réduites à la portion congrue. Nous savions pourtant, trop partiellement.

Aide du Venezuela

Il faut comprendre qu’alors que les Vénézuéliens manquent de tout, de vivres et de médicaments, que peut-être il y a des morts de malnutrition dans les prisons de Caracas, le Venezuela vient d’expédier 327 tonnes de matériaux de construction à Cuba et 600 transformateurs électriques.

Publicité
Publicité

Dans la province de Guantánamo, près de 90 % des logements sont détruits. Non pas lourdement endommagés, détruits. Le Bolivar envoie aussi des aides. Mais ce qu’on voit, c’est surtout un Raúl Castro souriant, applaudi par des survivants rassemblés. La solidarité et le courage sont exaltés. La couverture de presse locale évoque très fortement celle de la presse marocaine aux débuts du règne de Mohammed V : tout va bien, le roi est grand, miséricordieux, secourable. En fait, le PAM (Programme alimentaire mondial, WFP), vient d’accorder une aide d’urgence destinée à plus de 180 000 personnes, et les images des dévastations sont aussi poignantes que celles qui proviennent d’Haïti. Les baptistes nord-américains se mobilisent aussi pour acheminer des dispositifs de purification de l’eau car si le choléra ne menace pas, d’autres affections sont à craindre.

Publicité

L’absence d’annonces officielles de décès tient à ce que, bien avant le passage de l’ouragan, les évacuations massives ont été ressenties impératives : contrairement aux États-Unis, où les réfractaires pouvaient signer des décharges, les Cubaines et Cubains ont obtempéré. Heureusement, car les inondations se sont accompagnées d’importants glissements de terrains. L’ouragan a frappé, avec des vents d’une vitesse de 220 kmh, pendant plus de dix heures. Plus de la moitié des immeubles de Baracoa, fondée en 1511, sont détruits, tous les autres endommagés. Les ponts de diverses localités ont été emportés. Quoiqu’en dise le Havana Times (opposition basée hors de Cuba), le gouvernement fera, avec efficacité ou dans la confusion, ce que ses moyens lui permettront. Soit trop peu sans doute, trop tard pour que certains sinistrés ne sombrent pas dans une plus grande misère, un plus cruel dénuement.

Un million d’évacués

C’est près de dix pour cent de la population cubaine qui a été évacuée à temps, soit environ un million de personnes.

Publicité

En tout cas selon Cubavision. On pense ce qu’on veut des tares et mérites comparés du régime cubain et de l’haïtien, d’un pays difficilement autonome et d’un autre où l’aide internationale est omniprésente et dont le budget (en priorité de fonctionnement interne) est dix fois supérieur à celui du pays. Si je ne crois guère qu’il n’y ait pas eu la moindre victime à Cuba, je constate les pertes humaines aux États-Unis. Dont la responsabilité en termes de réchauffement et changement climatiques est largement supérieure. Les Cubains sont formés aux évacuations (merci la propagande sur l’invasion étasunienne, aussi…), les Étasuniens sont bercés d’illusions par le complexe industriel et financier qui ne veut guère alerter sur les atteintes à l’environnement. Barack Obama a sans doute assez à faire avec les sinistrés de son pays. Mais tenter un geste, qui n’endommagerait pas l’économie américaine, pour Cuba, avant la fin de son mandat, si c’est possible (compte tenu de l’opposition républicaine au Sénat), ne le déshonorait pas. #Ouragan Matthew #Etats-Unis