Avec Natacha Giafferi-Dombre, docteure ethno-anthropologue spécialiste d’#Haïti (devenue galériste pour Marassa Trois, à Paris), et un peu Daniana Banciu, ex-Officer de l’Onu, alors à Port-au-Prince, j’avais suivi le semi-fiasco (litote) de l’aide internationale affluant à Haïti après le séisme de janvier 2010 (plus de 230 000 morts). Les secouristes avaient déterré 211 rescapés, bravo, mais après… Ce fut l’ingérence humanitaire massive. Qui dit ingérence dit souvent mauvaise gérance, et dérapages (choléra importé). C’est pourquoi, après le passage de l’ouragan Matthew (près ou plus de mille morts), le ministre de l’Intérieur, François Anick Joseph résume : « prekosyon pa kapon ».

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Soit « qui prend des précautions n’est pas nécessairement lâche », ni, en l’occurrence, frileux, timoré.

L’état d’urgence différé

L’aide internationale afflue de nouveau. Et François Anick Joseph justifie la procrastination du gouvernement haïtien. « Est-il pourtant nécessaire de réorganiser le budget de l’État ? Non, car nous n’avons pas encore l’évaluation complète des dégâts. ». Comme expliqué par ailleurs, dans le cas des États-Unis, un bilan à peu près exhaustif prendra au moins un an. Mais un état des lieux peut s’effectuer en quatre-cinq jours. C’est fait en Haïti, mais la proclamation de l’état d’urgence a été différée « pour éviter une utilisation du budget de la République qui ne serait pas tout à fait dans les normes ». Sage précaution, d’autant que la loi de finances « permet d’engager des fonds sans qu’il soit nécessaire de déclarer l’état d’urgence. ».

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Qui a participé à des opérations humanitaires ou les a couverts (comme moi après le séisme en Arménie de 1988) a pu constater et le formidable effort de Médecins du Monde et d’autres, et la colossale gabegie d’autres #ONG. Voyez leurs véhicules en Afrique, inadaptés aux pistes détrempées du Burkina en saison des pluies, pour ne citer que cet exemple vécu. En 2010, en Haïti, ce fut… indescriptible.

Contrôle de l’aide internationale

Dans son entretien de vendredi avec l’AFP, le ministre a clairement répété que « tout va passer par [son] gouvernement. ». Car « il n’est pas question que des ONG prennent le contrôle de l’assistance humanitaire ». Le contrôle de l’aide internationale est déjà insuffisant sur des organisations « sur place depuis des années, voire des décennies ». Certaines, peu, en liaison avec des Haïtiens, ont encore des actions confinant à l’escroquerie. Si celles qui interviendront ne reconnaissent pas le gouvernement, alors « qu’elles ne viennent pas du tout ». La protection civile haïtienne coordonnera tout.

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« On en a fait l’expérience [d’un « véritable bordel »] en 2010, on a appris nos erreurs, on agira en gens responsables. ». Il convient de rappeler qu’en 2010, la situation politique, donc gouvernementale, a concouru aux dérapages. Après l’importation du choléra par des soldats népalais, un collectif avait déposé un recours contre l’Onu. Le dossier Modes de gouvernement en Haïti des Cahiers de l’Amérique latine vous éclairera sur les situations passées et actuelle. « L’État haïtien s’est profondément transformé dans l’ère post-Aristide » et l’actuel président, Michel Martelly, a été élu « de façon non moins frauduleuse » (par des acteurs locaux et internationaux).  Le budget des ONG et de l’Onu représente dix fois celui du pays. Il subsiste en Haïti, selon Robert Fatton, une « politique du ventre » dans « la République [haïtienne] des ONG ». L’USaid s’est cependant réformée et des progrès sont constatés. Des analystes évoquent un « projectorat » (une projectocratie) en tant qu’« organisation des fonctions publiques ». Ce jour, trois jours de deuil national ont été décrétés. 1,3 million de personnes subissent de lourdes conséquences, selon l’Unicef. Ce bilan ne pourra qu’être revu à la hausse. Toutes les ONG nécessaires sont déjà en action. Que d’autres ne viennent pas ajouter à la confusion. L'USN a déployé un porte-avion et deux autres navires, la Mesa Verde et le Comfort#Ouragan Matthew