Pour le Premier ministre hongrois, c’est « une victoire éclatante ». Sauf que ce dimanche, seuls 40 % des électeurs ont voté, soit dix pour cent de moins du quorum. Il faudrait donc revoter ? Selon le parti Fidesz au pouvoir, 98 % des votes validés se sont portés sur le « non » à l’accueil en #Hongrie de… moins de 1 300 réfugiés.

Dépenses faramineuses

Voilà des mois et des mois que #Viktor Orban a mobilisé les fonds des contribuables pour diffuser massivement la propagande gouvernementale. Affiches, site officiel, et argumentaire distribué à plus de huit millions d’exemplaires, mais aucun chiffrage de ces dépenses (estimées à 36 M$). Qui auraient sans doute permis d’accueillir dix fois le nombre des réfugiés que, selon l’Union européenne, la Hongrie devrait admettre sur son sol. Des réfugiés dont certains sont formés, qualifiés, alors que la Hongrie manque de bras mais ne veut recruter que des étrangers catholiques, aryens, ou au moins caucasiens. En fait, à peine trois millions d’électeurs (sur plus de huit) se sont déplacés. Plus de cinq se sont abstenus : ce qui empêche de bourrer les urnes, à moins de faire émarger des abstentionnistes. L’opposition, et surtout toutes celles et tous ceux que lasse la rhétorique du Premier ministre, lui ont infligé un camouflet cinglant en votant avec leurs pieds.

Surenchère du Jobbik

Plus à droite encore que le Fidesz, il y a l’ex-allié, le parti Jobbik, qui menait la chasse aux Tziganes. Le Jobbik appelle à la démission de Viktor Orban. Par ailleurs, la Hongrie avait accordé nationalité et donc droit de vote aux 120 000 Hongrois de Roumanie (près de la moitié des Hongrois de l’étranger). Le Courrier des Balkans a rapporté qu’ils ne se sont guère mobilisés (moins d'un tiers) : la Roumanie préférerait entrer dans l’espace de Schengen et accueillir plus de réfugiés que son quota européen le prévoit. Présenter un passeport hongrois à la frontière n’accélère pas le passage… Le site hongrois (en français) Hulala remémore que, le 23 octobre 2006, lors de la commémoration de l’insurrection de 1956 (les Hongrois révoltés contre l’ex-Urss furent lâchés par l’Occident), le pays s’est fracturé. Hooligans et extrême-droite veulent renverser le gouvernement socialiste. En 2010, le Fidesz et le Jobbik tiennent le haut du pavé. Viktor Orban instaure « un système quasi-féodal ». Les Hongrois émigrent, les plus démunis sont encore plus précarisés, et se lassent d’un populisme prévaricateur. Le Jobbik proclame : « comme David Cameron après le Brexit, Viktor Orban doit démissionner ».

Feux d’artifices

Des feux d’artifice ont été déclenchés cette dernière heure à Budapest. Mais on ne sait trop qui se réjouit, soit de l’invalidation, soit du score soviétique du « non ». C’est effectivement un désaveu car aux abstentionnistes se sont ajoutés plus de six pour cent de votes nuls (plus de 11 % dans la capitale où la participation est inférieure à 40 %). Le #Référendum contredisait l’accord de Genève sur les réfugiés, signé par la Hongrie. Le Fidesz a mené campagne dès début mai, envahissant les réseaux sociaux, la presse, l’affichage urbain (et même rural). Le gouvernement à « informé » massivement. L’allocution d’Orban se résume à cela : « Bruxelles ne pourra imposer sa volonté à la Hongrie », se targuant des résultats définitifs : plus de 98 % d’exprimés pour le « non », mais moins de 40 % de participation. Fort de son « succès » dérisoire, il propose un amendement constitutionnel. Le seul dirigeant européen en poste à se prononcer pour Donald Trump n’admet pas son revers. Pyrrhus s’esclaffe en sa tombe ! C'est aussi un revers pour les partis au pouvoir en Pologne et Tchéquie, et pour le Front national et d'autres partis européens qui louangent Trump et Orban. Voire même pour Nicolas Sarkozy... Riposte « Laïque » titrait : « ce soir, le vent de la résistance à l'invasion migratoire soufflera à Budapest ». Oui, mais, très minoritaire, ce léger souffle alizéen.