Remember that name : Bone, Ken. Au moins quelques jours. J’ai totalement oublié les noms des anonymes ayant obtenu leur quart d’heure de célébrité au cours des précédentes campagnes présidentielles étasuniennes. Je me souviens de quelques visages. Le dernier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump a fait émerger Ken Bone d’autant plus facilement que ce fut décevant : une Hillary inconsistante, convenue, un The Donald tout autant, mais se contredisant…

Retenez ! Ken Bone !

Avant le débat, Trump a diffusé des vidéos de trois femmes jurant que Bill Clinton les avait séduites voire, pour une, violée. Rien de neuf. La victime du viol présumé est connue de longue date.

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Trump n’a guère brillé au cours de ce débat qui le confrontait, à Saint Louis, tout comme #Hillary Clinton, aux questions de l’auditoire. Le seul fait marquant, ce fut la dernière question du modérateur demandant aux deux candidats s’ils avaient quelque chose de sympa ou d’élogieux à dire sur leur adversaire. Hillary s’en est tirée en esquivant, et en flattant Trump sur ses enfants. Et là, patatras, The Donald, qui avait juste avant le débat fait savoir qu’une fois élu, il ferait flanquer Hillary en taule, se renie : « elle est pugnace ». Il faudrait savoir : soit elle faible, dérangée du ciboulot, malade, incapable de gouverner pour des raisons de santé mentale et physique ou… Totale contradiction car la tirade de Trump louant la combativité de sa concurrente annihile toute sa rhétorique sempiternelle.

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Et puis, il y eut Ken Bone. Qui demande aux deux candidats comment ils feront pour à la fois couvrir les besoins énergétiques du pays tout en conciliant la protection de l’environnement et l’emploi. Peu importe les réponses convenues. C’est la bouille ronde de Ken Bone, ses lunettes rectangulaires mal adaptées à son visage, sa moustache, son gilet rouge, sa corpulence, son patronyme (bone : os), son pantalon blanc, sa faconde tranquille. C’était un indécis, penchant plutôt du côté de Trump, mais qui réserve son opinion finale, même s’il a été favorablement impressionné par Hillary. « Vous pensez que votre vote importe peu ? Il importe ! », déclare-t-il à la presse se ruant sur lui à la fin du débat.

Célébrité instantanée

Dans les minutes ayant suivi son intervention, une page Facebook le glorifiant était créée. Un espace Twitter de même. Sa célébrité instantanée le comble : il n’avait que sept suiveurs sur Facebook, dont sa grand-mère, d’une minute à l’autre, il en engrange des centaines (423 entre son apparition et le moment où il rejoint sa voiture).

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Kenneth Bone, résident de l’Illinois, est submergé d’invitations à participer à des émissions de télévision. Bill Clinton a eu la bonne idée d’aller lui serrer la main à la fin du débat. Tous les grands médias ou quotidiens (CNN, le New York Times, le Washington Post, &c.) le portent au pinacle. Il a déjà plus de 30 000 suiveurs sur Twitter. Il n’y a finalement que Sophie Kleeman, du site Gizmodo, à tempérer l’enthousiasme. « Ken Bone est un symbole national, d’accord, de notre extrême incapacité de nous déterminer sur le changement climatique ou la politique énergétique » autrement qu’en haussant les épaules. Un type super, oui, un héros, non. Ken Bone travaille dans l’industrie du charbon, sa question n’a suscité que des réponses évasives. Il n’a pas été question sérieusement du changement climatique. Même Hillary Clinton, alors que l’ouragan Matthew continuait de ravager la Caroline du Nord, n’a pas su, alors qu’elle avait précédemment évoqué le réchauffement planétaire en Floride, rebondir sur la question. Bon, d’ici quelque temps, on se souviendra que Ken Bone a revêtu son cardigan pour cacher la déchirure de son pantalon blanc qui a craqué quand il s’est assis dans sa voiture. Et puis, on oubliera aussi rapidement. En revanche, retenons qu’après ce débat, Hillary Clinton mène Trump 52-38 %, ou 46-35 % (Gary Johnson et Jill Stein cumulant 11 %) selon les derniers sondages. Elle a nettement creusé l’écart… #Etats-Unis #Donald Trump