On ne sait plus trop combien de fonctionnaires sont sans emploi en #Turquie depuis le coup d’état avorté. Et vraiment sans emploi : les policiers révoqués ne peuvent pas être employés dans des entreprises de sécurité, souvent les comptes bancaires sont bloqués, les biens confisqués. D’un côté, environ cent mille personnes ont été révoquées ou chassées de leur lieu de travail, de l’autre, il est annoncé que des révisions, effectuées au cas par cas, pourraient conduire à la réintégration de fonctionnaires. Mais la présidence vient de dicter une nouvelle volée de décrets conduisant au renvoi de plus de 10 000 autres fonctionnaires. 15 autres titres de presse ont été fermés autoritairement, ce qui porte le total a près de 160 en comptant des maisons d’édition.

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Cette fois, c’est surtout la presse proche de la communauté kurde qui a été visée. Il y a déjà plus de 37 000 personnes emprisonnées, depuis des mois, soit en préventive plus que prolongée (et sans que des accusations formelles, détaillées soient communiquées), soit condamnées et pour certaines vouées à la peine de mort si le parlement la rétablit. Ce qui est probable. À peine moins grave, les droits de la défense sont restreints, l’accès des avocats aux dossiers pourra leur être refusé. Enfin, même dans des entreprises non-suspectées d’avoir favorisé le coup d’État, le pouvoir pourra nommer des curateurs et administrateurs non issus de l’actionnariat. Pratique pour informer les coquins-copains des bons coups, des bonnes affaires à réaliser, ou les prémunir de la concurrence. Par ailleurs, la présidence nommera directement les recteurs d’université de son choix (pris dans la famille présidentielle élargie aussi ?) sans trop se soucier de leurs qualifications ou des avis du corps professoral (une liste sera toutefois établie par une autorité sous sa coupe).

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Le maire de Diyarbakir et sa co-maire viennent d’être arrêtés, et les purges se poursuivent. Vendredi dernier, 195 nouveaux membres des armes de terre et de mer ont été limogés, puis 101 autres le lendemain… La complicité avec le Fetö (le mouvement « terroriste » güleniste) a bon dos. Par ailleurs, la Turquie a refusé qu’un expert des Nations unies, Juan Mendez puisse venir enquêter dans les centres de détention. Comme son mandat vient de cesser, son successeur sera ou non autorisé à procéder, un jour… lointain… à des inspections. Le temps de faire disparaître des gégènes remises en service ?

État d’urgence permanent ?

Théoriquement, l’état d’urgence devrait être levé vers le milieu du mois de janvier 2017. Si c’était le cas, cela ne conduirait pas à l’abolition de ces récents décrets et d’autres pourraient encore suivre, restreignant encore davantage les libertés. Erdogan ne se cache pas de vouloir instaurer un régime présidentiel que l’on pourrait qualifier d’ultra-présidentiel.

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Son parti, l’AKP (317 sièges) négocie avec le MHP d’opposition (40 sièges) car il faudrait 330 voix pour lancer un référendum permettant de modifier la constitution. Il s’agit d’introduire un système présidentiel et à chambre unique, avec reconduite le même jour du président et du corps parlementaire. Le président pourra dissoudre la chambre et remettre son mandat en jeu. Cependant, le référendum espéré, s’il était rejeté, n’entraînerait pas automatiquement la démission d’Erdogan. Néanmoins, selon l’AKP, Erdogan, après révision constitutionnelle, aurait moins de pouvoirs que le président des États-Unis. On ne sait trop qui nommerait les ministres. Le principal parti d’opposition est le CHP (134 sièges). Son vice-président vient d’être blessé à la jambe par un tireur entré dans le restaurant de sa constitution où il dînait, a-t-on appris hier, dimanche. #Purge